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Interview : Surveillant pénitentiaire

Surveillant pénitentiaire

Ezio Tristram (33 ans)

Surveillant pénitentiaire principal (depuis 3 ans)

Société: Domaine pénitentiaire de Loos

Comment en êtes-vous venu à choisir ce métier ?

Après le lycée, je ne souhaitais pas m'engager sur la voie des études longues : j'avais envie d'entrer rapidement dans la vie active. J'étais assez attiré par les métiers des forces de l'ordre. Je me suis donc tourné vers les différents concours de la fonction publique, particulièrement intéressants puisqu'ils garantissent un poste après une formation concrète et rapide. Et c'est finalement celui l'administration pénitentiaire que j'ai décroché en premier. Après avoir effectué mon service militaire dans la gendarmerie, j'ai intégré la formation en août 1996. Cependant, j'avais déjà une première approche du métier car mon père était Premier Surveillant.

Comment s'est passée votre formation ?

Après le concours, je suis devenu élève-surveillant. J'ai effectué une formation de 8 mois alliant stages pratiques en établissement et cours théoriques à l'ENAP, Ecole Nationale de l'Administration Pénitentiaire, qui aujourd'hui se trouve à Agen. Le premier stage, dit « de découverte » dure 2 semaines et a lieu dès le début de la formation. Plus tard, j'ai fait un stage d'un mois et demi à Metz. C'est là que je suis passé aux choses sérieuses. Après quelques jours en binôme, on m'a confié les clefs et j'étais livré à moi-même.

Quelles ont ensuite été vos expériences professionnelles ?

Tout au long de la formation, nous sommes évalués par les formateurs qui effectuent un classement des élèves. A la fin des 8 mois, on nous communique une liste des établissements qui proposent des postes. On peut choisir le lieu de notre affectation en fonction du rang que l'on a obtenu dans le classement. J'ai donc commencé par intégrer la maison d'arrêt de Paris La-Santé pendant 7 ans avant de rejoindre le centre de détention de Loos, il y a 3 ans.

En quoi consiste votre travail ?

Mon domaine d'activités est assez large. Il y a plusieurs postes et les surveillants tournent tout le temps. Je peux aussi bien être affecté au mirador, qu'à la surveillance de la porte d'entrée ou encore celle d'un étage. Il y a entre 60 et 70 détenus par étage, gérés par un seul surveillant. On procède à l'ouverture des cellules, au contrôle des effectifs, l'encadrement lors des promenades, etc. Mais depuis septembre je me consacre presque exclusivement aux fonctions de tuteur pour les élèves en formation. Je les guide et répond à leurs questions. Je continue quand même à m'occuper de la surveillance des parloirs un dimanche par mois.

Quelle vision avez-vous de votre métier ?

Ca ne se passe pas comme on peut le voir au cinéma ou dans les séries télévisées. On a tendance à imaginer le gardien de prison austère et menaçant avec ses menottes et son arme. En réalité je ne porte même pas de matraque. Bien sûr, il arrive qu'il y ait des incidents : on peut être menacé ou entrer en conflit avec certains détenus comme, par exemple, quand ils ne respectent pas les horaires. Mais la plupart du temps, c'est plutôt un travail d'écoute et de dialogue.

Quels sont les avantages et les inconvénients d'un tel métier ?

Le principal avantage c'est la sécurité de l'emploi puisque nous sommes fonctionnaires. Nous avons toujours l'assurance d'avoir un poste. Et puis contrairement à ce que l'on pourrait penser, il n'y pas d'incident tous les jours et je ne mets pas constamment ma vie en danger. En revanche, c'est un métier assez difficile psychologiquement. Et c'est parfois dur de s'adapter au rythme de travail et aux horaires décalés. Je peux aussi bien travailler le matin, l'après-midi ou la nuit.

Quelles sont les qualités à avoir pour exercer ce métier ?

Pour commencer, la maîtrise de soi est indispensable. Il faut savoir rester calme, même dans les moments les plus agités. C'est pour cela qu'une grande capacité d'adaptation est nécessaire. Quelle que soit la situation, vous devez agir vite et, la plupart du temps, prendre vous-même les décisions car vous êtes seul. Un grand sens du dialogue peut aussi vous être très utile lorsqu'il s'agit de régler un conflit ou, mieux, de chercher à l'éviter.

Quelles perspectives envisagez-vous pour votre avenir ?

J'envisage de passer le concours pour devenir lieutenant pénitentiaire. Une fois ce grade atteint il est possible de gravir encore les échelons et, pourquoi pas, atteindre le poste de commandant.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui seraient intéressés par le métier ?

Je pense qu'il est indispensable d'oublier son travail une fois la journée terminée. Il ne faut plus y penser, ne pas repartir chez soi avec les problèmes des autres sinon on ne s'en sort pas. Ma principale recommandation c'est de pratiquer à l'extérieur des activités sportives ou de loisir pour évacuer le stress et la pression. Il est nécessaire de pouvoir se changer les idées.
R. J.06/02/07

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