Interview : Amandine, assistante éditrice

Amandine, assistante éditrice

Amandine, pourquoi avoir choisi cette voie, quelles étaient tes motivations ?

 

Je lis beaucoup depuis que je suis très jeune et j'aime écrire à mes heures perdues. Mes matières préférées étaient sans conteste la littérature, l'histoire et l'allemand. Au lycée, j'ai donc choisi la filière littéraire, même si plusieurs de mes professeurs ont voulu m'en dissuader parce que, évidemment, une filière scientifique mène à tout. Je suis donc entrée en première L avec option Maths, par esprit de contradiction. À ce moment, je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire plus tard (comme beaucoup de lycéens je pense). Je savais seulement que j'aimais les lettres, mais que je ne voulais pas être prof.

Après m'être renseignée sur d'autres voies possibles que celle de l'enseignement (notamment le droit ou le journalisme), le métier d'éditrice m'a interpelée. Pour une amoureuse de la lecture, travailler dans le milieu du livre me paraissait tout indiqué.

Mon projet professionnel s'est précisé au cours de ma première année post-bac. Grâce à une connaissance de ma prof de littérature, j'ai pu faire un stage dans une maison d'édition. Cette expérience m'a vraiment confortée dans mon choix, et je conseille vraiment à tout le monde de faire ce genre d'expérience avant de se lancer dans une formation professionnalisante. En plus d'avoir l'occasion de voir sur le terrain les missions qui nous sont confiées, pouvoir témoigner d'une première expérience peut vraiment faire la différence dans un dossier pour intégrer une formation ou trouver un contrat d'apprentissage.

 

 

Quel est ton parcours post bac ?

 

Je me suis orientée vers une école préparatoire littéraire, car je ne savais pas encore quelle matière privilégier en fac et je voulais absolument continuer à étudier plusieurs matières variées. À la fin de ce cursus, je suis entrée directement en L3 de lettres modernes. Je savais alors que je m'orientais vers l'édition et qu'il me fallait un master spécialisé dans ce domaine. J'ai trouvé une formation professionnalisante en région parisienne, qui me permettait de faire plusieurs stages et de manipuler dès à présent les logiciels spécifiques à mon futur métier (mise en page et création de livres numériques notamment). Dans ce master, nous ne venions pas toutes de la même formation. (Oui, nous étions une classe de 15 filles...) Certaines avaient fait une école de commerce tandis que d'autres avaient plutôt une sensibilité artistique et graphique. Il n'y a donc pas qu'une seule voie pour se former au métier d'éditrice.

 

 

Aujourd’hui, en quoi consiste ton métier ? Quelles sont tes missions ?

 

Le métier d'éditrice consiste à faire en sorte qu'un texte brut, sous la forme d'un fichier Word, devienne un livre commercialisable et qualitatif. Selon les postes et les secteurs d'activité, c'est aussi l'éditeur qui décide des ouvrages à publier, en concertation avec son équipe.

Cela veut dire tout d'abord corriger les fautes, voire réécrire en partie le texte (s'il s'agit d'un ouvrage pratique ou d'une traduction par exemple). C'est ce que l'on appelle la préparation de copie. On est assisté d'un logiciel (Prolexis) qui aide à retirer les fautes les plus grossières, mais la correction implique de lire le texte intégralement.

On fait ensuite appel à un maquettiste pour réaliser la mise en page. S'il s'agit d'un guide qui comprend de multiples rubriques, on peut être amené à retoucher le texte pour qu'il rentre dans les encadrés, tableaux, etc. Pour les romans, on veille simplement à ce que le livre ne contienne pas trop de pages blanches à la fin et que les chapitres s'enchaînent harmonieusement. On obtient alors des premières épreuves, une mouture provisoire de l'ensemble du livre.

Vient ensuite le temps de la relecture. On relit à nouveau tout le texte pour traquer les fautes qui n'auraient pas été vues lors de la préparation de copie. Cette étape se fait souvent sur papier, contrairement à la préparation de copie qui se fait sur Word. On vérifie également les titres courants (rappels de titres d'ouvrage, de partie ou de chapitre en haut de page) et on s'assure qu'il n'y a aucun problème de placement d'images ou d'erreur de maquette s'il s'agit d'un livre illustré.

Quand l'ouvrage paraît satisfaisant, on envoie un fichier pdf à l'imprimeur, qui va fournir un traceur, une impression test de l'ensemble du livre pour un dernier contrôle. C'est notre dernière chance pour intégrer des corrections de dernière minute, avant l'impression des ouvrages définitifs.

La couverture du livre se fait en parallèle du travail sur le texte intérieur. L'éditeur fournit des instructions plus ou moins précises à un graphiste pour qu'il lui fasse des propositions. Le choix de la couverture finale se fait en concertation avec l'auteur et les différentes équipes.

En somme, l'éditeur est une sorte de chef d'orchestre qui s'entoure de professionnels aux compétences variées (auteur, graphiste, maquettiste, commercial, juriste pour les questions de droits d'auteur, etc.). L'éditeur gère les plannings et sert d'intermédiaire entre les différents acteurs de la chaîne du livre.

 

 

Quel aspect préfères-tu dans ton métier ?

 

J'aime apprendre constamment de nouvelles choses. Je souhaitais avoir un métier qui me stimule intellectuellement au quotidien, et en tant qu'éditrice je suis servie. Je découvre des sujets très variés, que je n'aurais jamais abordés si je n'avais pas eu à produire un livre dessus et j'adore développer ma curiosité. J'aime aussi faire partie d'un processus créatif et pouvoir être fière de voir le résultat final, malgré certains problèmes d'organisation qu'il nous faut parfois résoudre dans l'urgence. Tous les ouvrages ne sont pas intéressants à lire (coucou petit index de 15 pages), mais si quelqu'un avait dit à la petite rate de bibliothèque que j'étais que son métier serait un jour d'être lectrice professionnelle, je ne l'aurais certainement pas cru.

 

 

Selon toi, quelles sont les qualités à avoir pour exercer cette profession ?

 

Dans la mesure où l'on corrige des livres, la première qualité indispensable est d'avoir un niveau irréprochable en orthographe, ensuite de posséder une grande sensibilité littéraire et de bonnes compétences rédactionnelles. Il faut aussi être organisé et savoir gérer plusieurs projets de front sur plusieurs mois. Enfin, je dirais qu'il faut avoir une grande empathie pour communiquer avec son équipe, répondre aux exigences des uns et ménager la susceptibilité des autres. Mais, comme dans toute profession, on apprend beaucoup sur le terrain. Le plus important est de savoir bien s'entourer.

 

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