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Interview : rédactrice en chef

rédactrice en chef

Carole Chatelain (42 ans)

Quel a été votre parcours jusqu'à présent ?

Je me suis formée sur le terrain, par passion, une fois la maîtrise de Lettres Modernes en poche et après avoir suivi une formation en Logistique humanitaire internationale. J'ai débuté en 1986 comme reporter au service des Informations générales du quotidien Le Figaro, à Lyon, où j'ai enquêté sur les grandes affaires de l'époque, comme celle du réseau terroriste Action Directe. Par la suite, j'ai intégré de nombreuses rédactions, notamment celle du magazine GEO où, pendant cinq ans, j'ai été responsable du service Environnement. Cela m'a permis de réaliser de nombreux reportages.

Avez-vous effectué des stages ? Si oui, que vous ont-ils apporté ?

Je n'ai jamais été stagiaire en rédaction. En revanche, j'ai eu souvent l'occasion de travailler avec des stagiaires. Cette étape est très formatrice, si le stage répond bien à ce qu'il devrait toujours être : une période temporaire s'adressant à des jeunes. C'est une excellente façon de toucher du doigt la réalité d'un métier, les compétences qu'il exige et que l'on ne soupçonne pas toujours – comme la rapidité d'exécution ou l'agilité d'esprit - et surtout de bien en comprendre les contraintes : les horaires, les délais à respecter, l'humilité par rapport à son travail.

Selon-vous, la formation que vous avez suivie est-elle bien adaptée à votre profession ?

J'ai suivi une formation universitaire littéraire, et non une école de journalisme. Ce métier demande des qualités d'écriture et de synthèse, une très grande curiosité intellectuelle et une énergie constante. Je ne pense pas que cela s'apprenne dans les écoles.

Quel a été le contexte de votre embauche ?

Après plusieurs années passées à GEO, dont la périodicité est mensuelle, j'avais envie de revenir à un rythme plus quotidien, être plus près de l'actualité. De revenir en quelque sorte aux « fondamentaux » du métier. J'ai été recrutée en septembre 2005 pour renforcer l'équipe de la rédaction en chef de 20 Minutes qui venait de lancer la 8e édition régionale à Strasbourg : nous sommes désormais trois rédacteurs en chef pour diriger environ 70 journalistes à Paris, Lille, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes et Strasbourg.

En quoi consiste votre travail ? Quelle est la journée type d'une rédactrice en chef en presse quotidienne ?

Comme mes deux confrères rédacteurs en chef, je commence ma journée vers 9 h 30 en lisant la presse, en consultant les dépêches, en épluchant mes emails et en prenant connaissance des propositions de sommaires envoyées par nos rédactions locales (nous éditons chaque jour 2 à 3 pages locales dans les villes citées). Nous animons ensuite la conférence de rédaction à 10 h 30 : les responsables des services Paris, France, Monde, Economie, Culture, High Tech, etc. ainsi que le service Photo sont présents et proposent leur sommaire pour le journal du lendemain. Nous discutons, arbitrons et mettons au point le « chemin de fer » (l'ensemble des pages du journal). Nous coordonnons également le travail des rédactions de province. Durant le reste de la journée, nous suivons l'évolution de l'actualité, enchaînons les rendez-vous avec des contacts extérieurs, sommes en relation permanente avec nos journalistes, réfléchissons au montage de sujets et d'enquêtes en amont. Vers 17 h 30, nous animons la réunion de Une où nous choisissons, avec le service Photo et le « titreur » (le journaliste chargé de rédiger les titres de la Une), le sujet qui fera la Une du lendemain ainsi que les sujets qui feront l'objet des « appels de Une ». A partir de 18 h, nous commençons à relire les pages au fur et à mesure de leur édition et signons les « bons à tirer » (BAT), c'est-à-dire que nous donnons notre feu vert pour la publication. Nous restons jusqu'au bouclage (entre 22 h et 23 h 30 selon l'actu).

Pourquoi avoir choisi ce métier ? Quels sont ses avantages et ses inconvénients ?

Par goût de l'action, par passion pour les faits divers et par impossibilité d'exercer un métier plus routinier. Enfant, je rêvais de devenir infirmière de SAMU. Mon adrénaline, finalement, c'est l'urgence. Les avantages du métier : appréhender de multiples domaines d'intérêt, apprendre tous les jours quelque chose de nouveau, exercer son esprit d'analyse et de synthèse et former les jeunes générations de journalistes. Les inconvénients : un métier très affecté par le chômage, exigeant, avec de lourdes contraintes horaires dans la presse quotidienne.

Quelles sont les qualités indispensables pour exercer ce métier ?

Comme je l'ai dit, outre les qualités d'écriture qu'il faut bien sûr posséder, il faut de la curiosité intellectuelle, de l'énergie, de la persévérance et beaucoup d'humilité.

Quelles sont vos perspectives d'avenir ? Où vous voyez-vous dans quelques années ?

Je fonctionne à l'enthousiasme. Ainsi, je suis ravie de participer à cette aventure de la presse gratuite. C'est une véritable révolution qui prouve que gratuité peut rimer avec qualité.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite exercer cette profession ?

D'y croire, même si c'est difficile. On peut, bien sûr, décider de faire une école de journalisme, mais je reconnais que le « formatage » auquel nous assistons m'inquiète : nous sommes en train de fabriquer des journalistes sur le même modèle (diplômés de Sciences Po, etc.). Il existe d'autres voies, notamment celle du talent : celui qui a vraiment envie d'exercer ce métier, qui a de vraies bonnes idées et qui les travaillent peut encore trouver sa voie dans le journalisme, même s'il n'a pas fait d'études spécialisées. Je suis très attachée à cette diversité : elle est la garantie de notre liberté de penser différemment.

S'il s'agissait d'un choix, pourquoi vous êtes-vous tournée vers l'écrit et non pas vers la télévision ou la radio ?

Je suis une femme de l'écrit, je me sens à l'aise avec ce mode d'expression.

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