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Interview : Éclusière

Éclusière

Myriam Demarger est éclusière depuis 2009. Elle travaille sur l'écluse Grand-Carré à Lille près de la Citadelle. Elle assure le transit des bateaux dans les deux sens de circulation.

 

Comment en êtes-vous arrivée au métier d'éclusière ?

J'étais à la recherche d'un emploi. J'ai eu connaissance de cette offre publiée chez VNF et j'ai passé l'entretien. Mon parcours professionnel est plutôt atypique. Avant, j'ai exercé la profession d'aide-soignante à Dunkerque, travaillé à la sous-préfecture de la ville puis en tant que chauffeur-livreur à Paris. Je suis éclusière depuis février 2009.

 

Comment devient-on éclusier ?

On accède à ces postes par un concours de la fonction publique qui fait de nous un fonctionnaire.

 

Y a-t-il d'autres métiers en lien avec l'écluse ou l'éclusier s'occupe-t-il de A à Z de son ouvrage et de sa portion de canal ?

Il faut savoir que notre activité est divisée en deux parties : deux semaines d'écluse et deux d'entretien. Notre mission ne s'arrête pas à l'ouverture et la fermeture des sas pour permettre le  passage des bateaux. Nous devons aussi entretenir les berges attenantes au canal, les barrières de sécurité, des éventuelles réparations et d'autres opérations de maintenance. Cela implique une grande polyvalence pour bien exercer cette profession.

 

Comment les nouveaux éclusiers sont-ils formés pour apprendre leur métier ?

Avant de prendre un poste, un éclusier est stagiaire pendant une année durant laquelle il apprend tout ce qu'il faut savoir directement sur le terrain. J'ai commencé dans le Loiret sur le canal du Loir. Nous avions six écluses manuelles de petit gabarit. Trois jours par semaine, un responsable venait nous former et nous étions autonomes sur les six écluses les trois jours suivants.

 

Comment se passe la journée d'un éclusier ?

Le métier d'éclusier est divisé en postes : le matin, l'après-midi et parfois de nuit (ce qui n'est pas le cas pour l'écluse de Grand-Carré de Lille).

Chaque poste se découpe à peu près de la même manière. Quand on prend la relève d'un agent, on prend connaissance des faits survenus durant le poste précédent.

À chaque nouveau bateau, il faut procéder à une vérification de son identité : nom et immatriculation, chargement, respect des normes. L'important est de s'assurer que le bateau ne présente pas de risques et soit réglementaire.

 

Le poste du matin commence à 6h15. Je démarre ma journée par une vérification de l'écluse pour m'assurer de son bon fonctionnement et qu'il n'y a rien de coincé derrière les portes. S’ensuit la mise en marche des machines et le passage des premiers bateaux.

Les bateaux préviennent de leur arrivée via la radio. Ils doivent également donner des informations concernant leur chargement, leur équipage et leur destination.

Le poste de l'après-midi commence à 13h20. Le collègue nous tient au courant des événements survenus au cours de la matinée. Le reste de l'activité est semblable au poste du matin jusqu'au soir. Là vient la régulation. Il s'agit des bateaux voulant franchir l'écluse après 20h30, heure à laquelle se termine normalement le poste. Si toutefois un navire souhaiterait passer après, il doit prévenir l'éclusier qui doit être présent. Le passage ne peut néanmoins que se faire jusqu'à minuit. En cas de retard, il devra attendre le lendemain matin pour passer.

Il arrive que je sois amenée à travailler sur d'autres écluses, mais du même secteur uniquement.

 

Que se passe-t-il en cas de bateau non prévu ?

Dans ce cas, nous devons effectuer nous-même les opérations de relevé d'identité et l'appel à la radio. S'il ne répond pas, il faut bloquer le bateau dans l'écluse pour en savoir plus sur lui. Il arrive que certains bateliers soient mécontents. Dans la plupart des cas, la situation finit cependant par s'arranger. Mais il faut parfois recourir à la gendarmerie fluviale. Cela m'est déjà arrivé.

 

Ce milieu professionnel semble être très masculin. Comment cela se passe-t-il pour une femme ?

Il existe quand même des femmes qui travaillent sur des écluses de toutes les tailles. Personnellement, je n'ai pas eu beaucoup de difficultés à m'adapter et à m'imposer, même envers les bateliers qui sont essentiellement des hommes.

 

Des conseils pour de futurs éclusiers ?

Avoir beaucoup de courage, car c'est un métier merveilleux, mais très difficile. De la volonté aussi. Il faut aimer le contact, car on rencontre de nombreuses personnes aux profils très différents.

 

Quelles qualités faut-il posséder pour être un bon éclusier ?

Il faut avoir le sens du contact, être agréable et poli. Des facilités d'adaptation et de la polyvalence sont également indispensables pour pouvoir s'occuper intégralement de l'écluse.

 

Quelle est votre position vis-à-vis de la future téléconduite des écluses ?

Je suis un peu inquiète car j'ai peur de perdre le contact avec les bateliers qui m'est si cher. Je ne sais pas comment cela va se passer en cas de panne d'une écluse.