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Interview : Enlumineur

Enlumineur

Pour Philippe Barczynski, l'enluminure n'est pas un métier. C'est une vocation. Également iconographe, il raconte une véritable histoire d'amour avec le monde artistique. Autodidacte avant tout mais aussi détenteur d'une licence en arts plastiques, ses premiers contacts avec l'art remontent à sa plus tendre enfance.

Sur son bureau se trouve un ouvrage en cours, inspiré des mandalas mais où se dessinent des motifs clairement mauresques. Des petits pots remplis de pierres et de poudres colorées sont alignés, des dizaines de pinceaux sont disposés dans des bocaux en verre. Les teintes, sont déployées sur des palettes ou dans des coquillages. Dans la pièce, se trouvent de nombreux travaux. Les références au médiéval y sont légion, bien entendu. Tristan et Yseult, le Roman de Renart, mais aussi des icônes religieuses. Après un petit tour d'horizon, nous nous asseyons au coin du feu pour discuter.

 

Quelle est la différence entre le travail d'enluminure et celui de l'icône ?

L'icône se travaille sur un support bois, et peut nécessiter jusqu'à 30 couches de peinture superposées.  Et elle a un thème religieux. L'enluminure, se travaille sur un parchemin. Par exemple, en voici un : c'est du veau. Il faut bien préparer son support, et le poncer avant de travailler. En enluminure, on travaille aussi du texte, religieux ou profane. Plusieurs types de calligraphies sont possibles. On laisse des espaces blancs, là où viendront se glisser les lettrines et les illustrations. Elles seront colorées avec des détrempes (peinture à base de pigments et d’œuf ndlr), que je réalise moi-même, en suivant des recettes médiévales. Je prépare tout dans un cahier. Ici, je travaille sur un codex, rassemblant des thèmes inspirés des univers arabes, celtes et romans. Je choisis les textes, travaille la calligraphie adéquate et les illustrations. Une inspiration de différents manuscrits médiévaux. Il y a sur mon chemin de fer, 14 pages pour ce projet. Et il y en a déjà pour plusieurs mois de travail !

 

Comment vivez-vous votre pratique artistique ?

Pour moi, c'est une démarche réflexive. Je voyage. C'est le moment de réflexions personnelles. Mes travaux sont comme un test, un baromètre de mon état d'esprit. Tout s'y reflète. Cela permet de s'évaluer soi-même. J'ai la chance de pouvoir y consacrer beaucoup de temps, mais pour être franc, je ne vis pas financièrement de cette activité.

 

Que diriez-vous à un jeune souhaitant exercer le métier d'enlumineur ?

Je ne doute pas de la qualité des enseignements qui sont prodigués dans les écoles, et de leur capacité à fournir un cadre aux étudiants. On pourra toujours leur dire qu'il y a des débouchés dans la reproduction, les interventions dans les écoles, l'animation d'ateliers, des stages, des commandes, mais sincèrement, je n'y crois pas trop. Le problème très actuel est qu'il n'y a pas de reconnaissance pour les non diplômés. Or dans les milieux artistiques, cela soulève beaucoup de questions.

Le diplôme fait-il l'artiste ? La tentation est grande de répondre par la négative, comme une évidence. Mais quelle place est donnée aux autodidactes dans les milieux artistiques ? De nos jours, peut-on vraiment échapper au diktat du diplôme ? Tout dépend du chemin que l'on souhaite arpenter : objectif carrière ou démarche personnelle...