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Interview : Chauffeur de taxi

Chauffeur de taxi

Chauffeur de taxi (depuis 17 ans)

Chauffeur de taxi

Les taxis, nous les croisons tous les jours, ils font partie de notre décor. Mais comment se fait-il que cette profession soitt toujours aussi mal connue et semble être entourée de mystère ? Serait-ce parce que comme dans Taxi driver de Martin Scorsese, ils évoluent dans la nuit et rencontrent bien souvent sur leur passage la face obscure de la ville ? M.Oliveira m'aura fait découvrir la réalité de son métier qu'il est heureux de partager. Loin du mythe, il m'aura expliqué cette profession particulière qu'il est difficile de lâcher.

Depuis combien de temps êtes-vous chauffeur de taxi ?

Je suis chauffeur depuis maintenant 17 ans, mais je travaille au sein de Taxi Union depuis 1 an environ.

Qu'est-ce qui vous a motivé à travailler au sein de la coopérative ?

Avant toute chose, ce sont les méthodes de travail. Ici, on reçoit dans notre véhicule sur un écran, les courses qui nous sont proposées. Les appels arrivent aux opératrices et c'est le système informatique qui va répartir les courses dans les voitures suivant notre position.

Comment devient-on chauffeur de taxi ?

A la base, on passe un examen qui se compose de deux parties, une partie nationale et une partie régionale. La partie nationale qui est la partie écrite entièrement théorique peut se passer n'importe où en France mais pour ce qui est de la partie régionale il faut faire une demande à la préfecture du département dans lequel on veut travailler. La partie pratique se déroule en voiture équipée d'un taximètre avec à bord un inspecteur d'auto école, une personne de l'administration et une personne de notre organisation professionnelle. On a une école qui forme sur Lille, le CNFT (Centre National de Formation des Taxis).Après l'obtention du CCP (Certificat de Capacité Professionnelle), on obtient la carte professionnelle si on peut prouver l'exploitation du taxi. Il y a plusieurs façons de travailler : en location, (ici sur Lille ça ne se fait pas) en salarié, il y a trois entreprises dans le Nord. C'est l'achat d'une licence, qui va permettre l'accès au statut d'artisan.Le prix dépend de la ville dans laquelle on est, à Lille, il faut compter 210 000 euros. Le prix est le même depuis 3-4 ans et ce, malgré la crise.

Que faisiez-vous avant d'être chauffeur de taxi ?

Je suis issu de la mécanique automobile et poids lourd, métier que je n'ai effectué qu'1 mois. Ensuite, je suis devenu maraîcher, ouvrier agricole, pas trop longtemps. Par soucis d'indépendance et de liberté, j'ai changé pour ce métier.

Comment fait-on pour travailler au sein de Taxi Union?

Il faut comme dans toute entreprise postuler, envoyer un CV en expliquant ses motivations. Les autorisations de stationnement sont quand même limitées à une ville. Le candidat doit avoir une autorisation pour Lille. La coopérative travaille avec deux sites Lille et Douai. Les membres cotisent chaque mois pour le fonctionnement de la coopérative, cela coûte environ 203 euros.

Qu'est-ce qui vous plaît tant dans votre métier ?

C'est le contact humain que j'aime avant tout. Les gens, vous les voyez un quart d'heure, 20 minutes lorsque vous êtes chauffeur mais lorsqu'on prend une personne c'est comme si on l'invitait chez soi. On s'enrichit personnellement, culturellement. On découvre les gens au fil des conversations. Finalement ce n'est pas un métier dont on rêve lorsqu'on est petit mais c'est vrai qu'une fois qu'on est dedans c'est très difficile de partir.

Pensez-vous que c'est un métier qui à mauvaise réputation ?

C'est un métier qui n'est pas assez connu, voilà tout.

Quels sont vos horaires ? Combien d'heures travaillez-vous par jour ?

Je travaille en moyenne 12-13 h par jour. Je prends mon service de 7 h du matin jusqu'à 19 h mais chacun fait comme il veut. Nous ne sommes pas contrôlés sur les horaires comme à Paris. Pendant dix ans, j'ai travaillé de 16 h à 4 h du matin le lendemain.

Qu'en est-il du tarif des courses ?

Les tarifs dépendent de l'horaire de la course, si c'est de jour ou de nuit. Mais les tarifs dépendent aussi du département, le niveau social de ses habitants étant pris en compte. Le tarif au kilomètre ou en attente et la prise en charge du client vont dépendre de la région.

Ici la clientèle est variée, ça peut être des personnes âgées qui vont faire leurs courses, des hommes et femmes d'affaire, des familles aisées ou plutôt pauvres. Je fais aussi quelques courses « scolaires » qui sont facturées soit au centre spécialisé qui prend en charge le patient soit par la sécurité sociale.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

Pour les inconvénients, je dirais les horaires mais aussi le manque d'effort physique. Il faut faire du sport à côté si on veut garder une bonne forme et entraîner ses muscles, mais c'est le cas dans tous les métiers qui se font assis. De plus, l'attention sur la route peut être fatigante. Il faut être toujours vigilant car c'est dans les moments de fatigue que peuvent survenir les accidents. Tous les cinq ans nous passons une visite médicale, c'est obligatoire.

Vous voyez-vous faire ça encore longtemps ?

Oui. Il y a des personnes qui font ça au-delà de 76 ans puisqu'il y a des visites médicales qui leur sont spécialement destinées.

Quelles sont les qualités qui sont selon vous nécessaires pour faire ce métier ?

Avoir un bon contact commercial et humain est vraiment central. Avoir du sang-froid, ne pas s'énerver dans les bouchons est aussi important. Les heures de pointe c'est tous les jours, du coup il faut faire avec. C'est assez stressant parfois lorsqu'on a une course qui attend, qu'aucun collègue n'est disponible et qu'on ne pourra pas être là en temps et en heure. Mais cela arrive très rarement. Cela se gère, c'est une gymnastique qu'on apprend au fil du temps.

Dans la formation proposée, quelle est la place de la partie pratique ?

Le stage est de deux mois à temps complet durant la formation. C'est aussi une partie de mon travail que d'encadrer ces formations, nous sommes trois formateurs ici.

Cette autre fonction vous plaît-elle ?

J'aime beaucoup cette partie formation de mon métier. Je ne l'arrêterais pour rien au monde.J'aime transmettre ce métier que j'aime bien et transmettre le virus.

La crise touche-t-elle fortement la profession ?

Oui, il y a une petite récession mais elle n'est pas aussi forte qu'on voudrait nous le faire croire. Le taxi c'est un besoin plus ou moins souple et pour beaucoup de nos clients prendre un taxi n'est pas un luxe.

La clientèle de nuit est elle difficile à gérer ?

C'est un métier pour lequel il faut être un peu psychologue et faire preuve de diplomatie. Discuter avec les gens permet bien souvent d'améliorer la situation .Savoir écouter les gens est important. Ils sont souvent en attente de rien au final, juste d'une discussion, surtout la nuit. Du coup il faut savoir comprendre les gens qui peuvent être un peu perdu. Ceci étant dit , il faut quand même prendre ses précautions et si on sent qu'une personne a une attitude étrange ou violente on peut refuser de la laisser monter.

Quelles sont les courses que vous préférez ?

J'aime bien les courses un peu à l'écart de la ville, dans la campagne. Les gens sont moins speed, proposent un café et sont en général sympathiques avec les chauffeurs de taxi.Si je pouvais être taxi dans un milieu plus rural je le ferais.

Votre vie de famille est-elle facilement conciliable avec votre métier ?

J'arrive assez aisément à allier les deux. Je peux gérer mon temps comme je veux. Si je fais une bonne journée je peux me permettre de faire moins d'heures le lendemain pour passer plus de temps chez moi.

Je gère ma vie de famille mais je prends mes vacances aussi par rapport aux tendances de mon métier. Je sais que les taxis fonctionnent bien en Juillet du coup je faire en sorte de plutôt partir au mois d'Août.

Combien gagnez vous ?

C'est une question à laquelle il est difficile de répondre car dans le chiffre d'affaires mensuel il faut aussi prendre en compte les charges de notre métier notamment les frais de maintenance de notre véhicule.Personnellement, je m'arrange pour avoir un salaire d'environ 2000 euros par mois. Je pars du principe qu'on travaille pour vivre et non pas l'inverse. Je vis de manière raisonnable dans la tranche que je me suis fixée, je suis content. Je ne vais pas vivre dans l'opulence car çà ne m'intéresse pas, je préfère travailler moins mais avoir une meilleure qualité de vie.

Comment les chauffeurs de taxi choisissent-ils leur véhicule ?

Ils choisissent leur voiture en fonction de son prix, de sa consommation, des frais de réparation et de son prix de revente. Choisir un véhicule haut de gamme type Mercedes peut être un choix pour fidéliser une clientèle aisée ou tout simplement pour l'image de marque.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaiterait faire le même métier que vous?

Je lui dirais : Bienvenue ! Pour ce qui est d'un conseil pratique, je lui dirais de participer à la formation. Tout d'abord parce que les taux de réussite sont bien plus élevés et parce que passer le concours en candidat libre n'est pas l'idéal pour connaître le métier. La formation permet de rencontrer des professionnels et de vraiment se plonger dans l'état d'esprit du métier. Cela permet de faire la chasse aux fausses idées avant d'être vraiment chauffeur.
VB12/10/2009

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