Vous recherchez...

Interview : Documentaliste

Documentaliste

documentaliste (depuis 1983)

Société: collège Jean Demailly, Seclin

Pouvez-vous nous parlez du cursus que vous avez suivi pour devenir documentaliste ?

Et bien, je voulais devenir prof, donc, j'ai passé le CAPES, mais malheureusement, j'ai échoué à l'examen. Je me suis donc retrouvé maître auxiliaire, et j'ai exercé en tant que professeur de français pendant 5 ans. Durant ces cinq années, j'ai emprunté la filière de titularisation interne et je suis parvenu à la fonction de documentaliste.

Dans quels établissements avez-vous exercé ?

Durant mes cinq années de professorat, j'ai été affecté dans cinq établissements différents (un par an). Ensuite, entre 78 et 80, j'ai été stagiaire documentaliste entre deux collèges, celui de Seclin et celui d'Annœulin. Puis, j'ai été titularisé au collège d'Hénin-Baumont. Et depuis 1983, je suis en poste au collège de Seclin, où j'avais déjà effectué mon stage.

Comment avez-vous été recruté ?

Dans les années 70, le recrutement se faisait sur la base des adjoints d'enseignement. Il fallait avoir minimum 5 ans d'expérience en tant que professeur pour pouvoir devenir documentaliste. Aujourd'hui, il existe un CAPES de documentaliste, nécessaire pour pouvoir exercer cette profession. C'est un examen très technique et difficile, mais qui prépare très bien au métier.

En quoi consiste le travail ?

Le travail du documentaliste est de gérer les fonds documentaires. C'est-à-dire, de s'occuper de la classification des ouvrages, des prêts et retours, avec surtout des perspectives d'enrichissement du fond documentaire. Je suis chargé de gérer le budget pour l'achat des livres et pallier aux vides documentaires en fonction des besoins. Mais, gérer un CDI (Centre de Documentation et d'Information) , c'est aussi se rendre disponible pour qu'il soit ouvert à tous, s'occuper de l'accueil et répondre à toutes les demandes, quelle qu'en soit l'importance. Contrairement aux profs, qui préparent leurs cours chez eux, le travail du documentaliste est dans son CDI. On ne peut jamais vraiment prévoir de quoi sera fait la journée, il faut donc être disponible et être capable de s'adapter à l'imprévu.
Au sein du CDI, j'accueille également des groupes d'élèves dans un cadre pédagogique. Je les forme afin qu'ils soient capables d'exploiter un fond documentaire et d'effectuer seuls des recherches. Le but est vraiment de les rendre autonomes. Ainsi, un tiers de mon emploi du temps est consacré à l'auto documentation. Je dispense cet enseignement par demies classes et je leur apprends à exploiter tous les types de sources documentaires.
Etre documentaliste, c'est en fait deux choses. Il y a d'une part le travail de technicien documentaire, avec les tâches de classement et d'organisation. C'est ce qui nous prend le plus de temps. Il y a d'autre part le rôle d'animateur pédagogique, avec les cours et l'apprentissage dispensés aux élèves. Le tout est de trouver une harmonie qui nous permette de gérer les deux en même temps, car justement, c'est le temps qui nous manque. Pour moi, c'est la plus grosse difficulté, surtout lorsqu'on débute. Par la suite, tu t'en accommodes, tu parviens à te débrouiller.Enfin, il faut préciser que selon la personne qui l'exerce et la structure dans laquelle elle se trouve, le métier va être différent. On ne peut pas travailler de la même manière en collège, en lycée professionnel et en bibliothèque universitaire.

Cette formation des élèves a-t-elle toujours existée ?

Quand j'ai débuté en tant que documentaliste, en 78, il existait déjà un système de formation, mais cela fonctionnait un peu aléatoirement en fonction des établissements. Dans les années 80, le système a commencé à bien se structurer. Cependant, les documentalistes fonctionnaient encore de façons différentes. Certains formaient les élèves tout au long de l'année, ou jusqu'à Noël, alors que d'autres se contentaient de trois jours à la rentrée pour faire visiter le CDI aux élèves. Personnellement, je doute un peu de l'efficacité de cette méthode.
A Seclin, on a essayé de mettre quelque chose en forme pour que les élèves puissent réellement acquérir une autonomie dans leurs recherches. Mais bon, tout ça varie aussi en fonction de la personnalité du documentaliste. La première circulaire qui est venue codifier le travail de documentaliste a été mise en place en 1986. Avant, c'était un peu « fais ce que tu veux ».

Comment fonctionne le CDI ?

Le but est de permettre aux élèves de pouvoir s'y rendre dès qu'ils le souhaitent. Si on ouvre aux heures où ils sont en cours, cela ne sert à rien, car pour venir, il faut qu'ils aient des trous dans leurs emplois du temps. De plus, il faut que ces heures de permanence ne coïncident pas avec des moments où je reçois des groupes d'élèves d'autres classes pour la formation pédagogique. Au final, il deviendrait très compliqué pour les élèves d'accéder au CDI. C'est pourquoi, nous fonctionnons en journées continues. C'est-à-dire que le CDI est aussi ouvert pendant les récréations et durant la pause du midi. Cela leur permet de trouver des moments pour venir.
Sur la porte, il y a un emploi du temps affiché. Dessus, sont indiquées les périodes où je reçois des classes pour la formation à la recherche documentaire, ainsi que les actions ponctuelles qui sont programmées au cours de l'année. Ces actions peuvent être des itinéraires de découverte, des activités théâtre ou encore l'action lecture. En fait, ces actions correspondent aux périodes auxquelles un professeur a besoin d'une plage horaire au CDI pour effectuer un travail de recherche avec ses élèves.

Qu'est-ce que l'action lecture ?

C'est une initiative personnelle. Comme le budget dont je dispose livres n'est pas suffisant, j'ai déposé un dossier au conseil général, pour obtenir une rallonge et pouvoir mettre en place ce projet « action lecture ». Avec l'aide d'intervenants extérieurs (bibliothécaires) et de professeurs, nous formons un chœur de lecteurs composé d'élèves (de 6e pour commencer). Nous nous rendons ensuite dans divers établissements de la ville (hospices, écoles maternelles et primaires), pour faire de la lecture à voix haute. C'est un exercice qui se rapproche du conte, mais ici, on lit le livre en essayant de faire vivre le texte.

Et concernant les itinéraires de découverte, quels types d'actions menez-vous ?

Le but de ces itinéraires est vraiment de séduire les élèves et de les intéresser à des sujets par un enseignement différent. Ils consistent à fournir des informations concernant l'orientation par exemple. On ne doit pas se contenter d'ouvrir l'esprit des élèves à la lecture.

Avez-vous d'autres activités en tant que documentaliste ?

En fait, j'ai une autre activité, mais qui n'a pas grand-chose à voir avec ma fonction. Je m'occupe du club d'Echecs du collège depuis cette année. Beaucoup de documentalistes donnent des aspects qui permettent le ludique au sein du CDI. Je suis contre, car ça fait quitter le travail et un CDI est justement un lieu de travail.
J'ai accepté d'animer le club Echecs pour plusieurs raisons. D'une part, parce que c'est un jeu de réflexion qui apprend beaucoup aux élèves. D'autre part, parce que ça a été ma passion durant quinze ans, au cours desquels, j'ai même fait de la compétition. Enfin, j'ai été sollicité par des parents qui connaissaient mon passé, et un élève a fini de me convaincre en me disant que si je ne le faisais pas, personne ne le ferait.
Ainsi, nous nous réunissons un midi par semaine, et je leur apprends les finesses de ce jeu.

Quels problèmes rencontrez-vous le plus souvent ?

Essentiellement, comme je vous en ai parlé tout à l'heure, les problèmes sont liés aux moyens financiers dont je dispose. En tout et pour tout, on m'adjuge 500 € par an pour acheter des livres. Et quand les moyens sont faibles, on a moins de livres et les élèves sont donc moins intéressés. Souvent, on les entend dire qu'il n'y a rien dans le CDI, sous entendu, qu'il n'y a rien qui leur plait. A moi, donc, de faire en sorte avec un budget restreint de répondre à leurs attentes.
Hormis cela, il faut maîtriser les techniques nouvelles, utilisées dans le domaine de la documentation. Ainsi, dans les années 80, il fallait être incollable en technique vidéo. Ensuite, on est passé à l'informatique. Tout cela évolue en permanence. Le problème, c'est qu'avec l'âge, il est plus difficile de s'adapter aux nouvelles exigences et cela demande une formation perpétuelle.

Nous sommes au mois de juin, en ce moment, le travail doit être plutôt tranquille, non ? Tous les projets sont terminés et vous ne devez plus voir passer beaucoup d'élèves…

Détrompez-vous ! Nous sommes dans la période du ramassage des livres. A partir de lundi, je reçois les classes une par une pour que les élèves me rendent leurs livres de cours. Ca prend trois jours, ça semble long, mais je dois revoir les livres un par un pour m'assurer qu'ils reviennent en bon état. Ensuite, je dois les classer et faire l'inventaire de mes stocks. Un livre a une durée de vie de cinq ans maximum, mais parfois, les changements de programmes scolaires nous obligent à racheter de nouvelles séries de bouquins.

Selon vous, la profession requiert-elle des qualités particulières ?

Avoir le sens de l'organisation, car on fait beaucoup de classification. Il faut également beaucoup d'ouverture intellectuelle pour ne pas donner la priorité à ses goûts personnels quant aux achats de livres, et pour répondre à toutes les attentes culturelles et scientifiques. Il faut donc savoir s'adapter, se former aux nouvelles techniques. Sinon, je dirais que disposer de certaines qualités de pédagogue s'avère nécessaire pour transmettre ses connaissances.

Pour ce qui est de l'adaptation, je suppose qu'on vous propose des formations ?

Oui, bien sûr… Mais là où l'on apprenait le plus, c'était lors des réunions de documentalistes. Elles ont malheureusement tendance à se raréfier, pour cause de manque de moyen. Avant, elles avaient lieu, un jour par trimestre… aujourd'hui, ce n'est plus qu'un an sur deux. C'est dommage, car ces assemblées étaient une véritable banque d'échanges. Elles permettaient de voir ce qui se faisait ailleurs et de se former aux nouvelles techniques.

Concernant les évolutions probables de cette profession, avez-vous un avis ?

Pour le moment, je pense, que nous sommes surtout tributaires des évolutions de l'informatique. C'est un outil dont nous nous servons de plus en plus, d'où notre intérêt à maîtriser le sujet. Il faut être pointu dans ces domaines-là.
La deuxième chose, mais qui existe depuis toujours, c'est la capacité d'adaptation au comportement des publics scolaires. Cela influe beaucoup sur une organisation et sur la structure. De plus en plus, on voit se mettre en place, dans les CDI, des systèmes de sécurité pour pallier aux vols. A Seclin, heureusement, nous n'en sommes pas encore là, mais c'est vrai que ces vols sont devenus une réalité et viennent de l'évolution de la société. Il nous faut être vigilants en permanence et jouer parfois le rôle de « flic ».

Que conseilleriez-vous à des étudiants qui souhaiteraient exercer cette profession ?

Quand on voit tous les travers de l'Education nationale, on se dit que le métier de documentaliste est la plus belle chose. Les élèves, lorsqu'ils viennent au CDI, sont motivés et le tout est de canaliser cette motivation.
C'est pourquoi, j'encourage les étudiants à se lancer dans ce secteur. Avec, cependant, un avertissement. En début de carrière, on est dynamique et fonceur, et, le danger est de se trouver cassé par l'institution. Mais bon, dans un CDI, il y a tellement de choses à faire que ça ne peut pas que plaire… Toute la difficulté est de maîtriser ça.

Et au niveau du meilleur cursus ?

Beaucoup de ceux qui vont partir en retraite n'étaient pas formés, car avant, on mettait dans les CDI, les gens qui ne pouvaient, ou ne savaient plus faire face aux élèves. Petit à petit, on a vu apparaître des formations mais qui n'étaient pas terribles… Aujourd'hui, il existe une réelle instruction à la fonction de documentaliste, avec le CAPES.
P.E.28/07/04

Voir aussi

Offres de formation