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Interview : Accordeur de piano

Accordeur de piano

Monsieur Patrice Laurent parle des accords comme des couleurs. Il existe une grande variété de teintes, mais c'est avant tout une affaire de goût. Il y a bien sûr la musique, mais aussi les rencontres. En trente ans de carrière, il ne se lasse pas de ce métier qui le passionne. Tout a commencé quand après 4 ans de formation à l'accordage de piano, à tout juste 18 ans, Patrice Laurent effectue un stage à la Maison du Piano de Lille. Satisfait de l'expérience, le patron lui propose de l'embaucher. Une histoire qui continue aujourd'hui encore.

Comment vous organisez-vous au niveau de votre emploi du temps ?

Je travaille 4 jours par semaine pour la Maison du Piano. J'accorde les instruments et pars en intervention, et le samedi je conseille les clients pour des achats. A côté de cela, j'ai une entreprise individuelle d'accordage de piano. En tout, je travaille 6 jours par semaine. Mais ça ne me pose pas de problème j'aime mon travail et j'ai la chance de travailler avec une bonne équipe. Notamment avec Nicolas, le directeur, pour qui le relationnel et l'humain sont très importants.

Comment accorde-t-on un piano ?

C'est à la fois un travail de vibrations, et de ressenti. Il y a une partie théorique, à laquelle s'ajoute une touche personnelle. En fonction des besoins, des envies, des registres de musique, des habitudes, on travaille le son d'une certaine manière. Une note peut-être juste, mais « plate ». Il y a une marge de manœuvre qui permet de régler le nombre de vibrations par seconde. Mais, en réalité, on ne peut pas les compter. C'est à l'oreille qu'on travaille. Certains préfèrent les sons clairs, d'autres les sons plus ronds. Pour régler cela, on peut piquer le marteau de la note et tout de suite, on entend la différence. Et puis il y a 3 cordes à ajuster par note (mis à part les basses) les possibilités sont nombreuses. Un peu comme faire un cocktail !

Une intervention qui vous a particulièrement marqué ?

Oui. Je me souviens m'être déplacé pour accorder un piano à queue. Un bel instrument. En arrivant, la personne qui s'occupait de l'entretien du domicile du client m'a conduit dans la salle où se trouvait le piano. Il était entouré de plusieurs tabourets de bar. Je les ai déplacés, et ai commencé mon travail. J'ai bien passé une heure à l'accorder, et j'étais enfin content du résultat. Lorsque le client est arrivé, il m'a remercié et dit qu'en fait il n'avait acheté ce piano que pour son aspect esthétique : il servait de table à manger. En partant, j'ai eu l'impression d'abandonner quelqu'un... Et puis, il y a cette autre fois, où je pars accorder un piano au domicile des clients. Et puis on voit arriver dans le couloir, une dame, qui vraisemblablement était la musicienne. Lunettes noires, grand foulard... Elle s'approche, enlève ses lunettes de soleil et commence à jouer : c'était Véronique Sanson !

Quel regard portez-vous sur l'avenir de votre métier ?

Un regard un peu triste. C'est vraiment un beau métier, mais aujourd'hui, pour des personnes qui ont un budget moyen de 3 000 euros, il n'est pas rare de vendre des claviers numériques. Quand j'accorde chez les gens, je ne suis pas réticent à ce qu'ils restent. Au contraire. Je leur explique le travail en même temps. C'est comme dans tout, il faut se battre pour que cela persiste !