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Interview : Entomologiste

Entomologiste

Au cœur du CHR de Lille, se trouve l'un des deux seuls laboratoires de l'hexagone dédié à l'entomologie appliquée à la médecine légale. Au bout d'un long couloir se trouve le bureau de Damien Charabidze, enseignant-chercheur en entomologie. Cet intérêt pour les insectes, il l'a depuis son enfance. Grâce à des parents compréhensifs, Damien peut laisser place à sa passion : collection de papillons, élevage de phasmes et de scorpions (inoffensifs bien sûr). Il oriente son parcours en conséquence, tourné vers les sciences et la biologie. De longues études universitaires s'achèvent sur la soutenance de sa thèse Étude de de la biologie des insectes nécrophages et application à l'expertise en entomologie médico-légale, en 2008 et il devient maître de conférence en 2011.

À quel moment de votre vie avez-vous su que vous deviendriez entomologiste ?

Depuis que je suis petit, j'ai toujours su que je voulais travailler avec des insectes. Mais vraiment, la spécialisation dans la médecine légale, c'est venu plus tard, et par hasard. En Master 1, je devais effectuer un stage de 2 mois, et mon premier choix ne s'est pas concrétisé. J'ai donc envoyé une demande par hasard à l'institut médico-légal et j'ai été pris. C'est là que j'ai découvert les applications de l'entomologie à la médecine légale et ça m'a beaucoup plu. Le stage s'est bien passé et je suis revenu l'année suivante pour 6 mois. Enfin, j'ai réalisé mes années de post-doctorat ici également, et je suis maintenant maître de conférence.

Vous êtes donc spécialisé dans des espèces particulières d'insectes...

Oui, en effet. Ma spécialité, les insectes nécrophages, regroupe en fait une centaine d'espèces. C'est peu, comparé à la diversité des espèces d'insectes. Au final, ils sont peu nombreux à pouvoir se développer sur un terrain tel qu'un cadavre. Il peut d'ailleurs s'agir d'un cadavre humain, mais en général il est plus fréquent qu'ils se développent sur un cadavre animal.

 

Quels sont les types d'insectes qu'on trouve sur un cadavre ?

Il y a tout d'abord les mouches. Les espèces que l'on trouve dans le cadre médico-légal sont les mouches les plus courantes, celles que l'on trouve dans les maisons. Il y a aussi des scarabées, et des papillons, des mites plus précisément.

Quelles informations peuvent vous donner les insectes lorsqu'ils sont présents sur un cadavre ?

Lorsqu'un corps est découvert et que le médecin légiste estime à plus de trois jours la date du décès, c'est là que les insectes nous donnent des informations précieuses. Ce qui va nous intéresser en premier lieu, ce sont les larves de mouches que l'on trouve sur le corps. Une fois que l'on a déterminé l'espèce, l'âge des larves, et la température à laquelle elles se sont développées, nous pouvons alors affirmer qu'au moment de la ponte des œufs desquels elles sont issues, la personne était déjà décédée. C'est l'Intervalle Post-Mortem (IPM) minimal. Ensuite, d'autres données sont utilisées pour définir une date de décès plus précise. Notamment en fonction de la météo (si le corps était en extérieur), des passages possibles pour les insectes afin qu'ils s'installent sur le corps (si le corps était en intérieur) et d'autres paramètres...

En tant qu'enseignant chercheur, vous avez d'autres activités ?

Bien sûr. Cette partie d'expertise ne constitue qu'une facette de mon poste. J'enseigne et je travaille également sur plusieurs problématiques de recherche. Je dois notamment rédiger des articles destinés à des revues scientifiques. Actuellement, nous travaillons sur un comportement précis des asticots, qui consiste en un regroupement massif d'individus en un point donné (phénomène d'agrégation). Nous élaborons des protocoles d'expérience pour conforter un postulat, puis pour mettre à l'épreuve nos hypothèses et enfin tirer des explications. Ces conclusions seront à leur tour examinées, expérimentées, testées etc. Notre but est d'essayer de comprendre les choses.