Interview : Gestionnaire financière dans l'humanitaire

Société: Organisation Action Contre la Faim

En quoi consiste le travail d'une gestionnaire financière ?

« Il faut considérer deux aspects dans le métier. En premier, je suis chargée du contrôle financier et comptable des missions. Je suis le relais avec l'administrateur de réseau entre le siège à Paris et le terrain. Je dois faire en sorte que les budgets soient équilibrés. Je veille à la bonne utilisation de l'argent, justifiant les dépenses. Je ne vais pas chercher les fonds pour les missions, je contrôle juste les budgets. Réunir les sommes nécessaires est le rôle du service marketing et des partenariats.Ma deuxième fonction s'avère plus technique. J'effectue « la formation » sur les supports techniques et je m'occupe des administrateurs avant leur départ. Je travaille en lien direct avec eux et les modules logisticiens tout au long de leur tâche. »

Quel parcours avez-vous suivi ?

« Après un bac, j'ai suivi un DESS en administration en entreprise. D'ailleurs, la plupart des personnes exerçant la même profession, ont effectué des études de commerce ou d'économie, gestion. En tout cas, il ne faut pas se contenter d'études statistiques mais se diriger davantage vers une formation en rapport avec la gestion. A la fin de mes études j'ai travaillé 4 ans, stages compris, dans le civil avant de me lancer dans l'humanitaire. J'ai débuté comme logisticienne sur les bases pendant 5 ans. J'ai ainsi été amené à « visiter » 5 ou 6 pays, lors de conflits, des pays musulmans. Aujourd'hui, je suis en poste comme gestionnaire financière depuis 10 mois. »

Comment vous est venue la passion pour ce secteur ?

« Il faut d'abord savoir qu'on ne peut pas prétendre à un poste dans l'humanitaire avant d'avoir acquis une expérience professionnelle d'au moins deux ans. Au départ, je souhaitais travailler dans l'économie et la gestion. Quand j'ai commencé ma recherche d'emploi, je me suis intéressée à plusieurs domaines dont l'humanitaire. Je pense que dans cette activité, en plus de l'aspect professionnel, il faut savoir gérer son stress et connaître les différentes techniques. C'est un secteur où nous sommes confrontés à de nombreuses situations et où il n'est pas toujours simple de partir mais surtout de rentrer. »

Quels aspects préférez-vous dans votre profession ?

« Plusieurs choses me plaisent. J'aime beaucoup travailler dans l'international. On est amené à se rendre à l'étranger, dans des pays différents et à rencontrer des équipes variées à chaque mission. J'apprécie aussi le côté technique. Plus que l'économie et la gestion, il faut gérer les relations humaines dans un contexte spécifique. Le contact n'est pas le même ni le travail. On est obligé d'être un peu débrouillard. C'est un côté que j'estime énormément. Ensuite, je suis obligée de m'intéresser aux différents métiers. Je dois connaître le programme de logisticien. Si on ne prend pas ces données en compte, on rate 50 % de la mission. Connaître le personnel et les tâches me permet de mieux gérer les hommes et de mieux allouer les budgets. On comprend pourquoi il faut plus de fonds que prévu, comment on peut le justifier… C'est d'autant plus important que le budget est assez codifié. »

Quelles sont, selon vous, les qualités nécessaires pour travailler comme gestionnaire financier dans le domaine de l'humanitaire ?

« En plus des qualités indispensables pour travailler en économie et en gestion, je vois deux caractères essentiels pour l'humanitaire. Il faut une très grande adaptabilité au niveau de l'environnement. Les techniques et les outils de gestions ne sont pas toujours les mêmes d'un pays à l'autre. Par exemple, on peut avoir un assistant à l'étranger qui ne comprend rien à la finance française ou avoir une équipe sur place qui n'a pratiquement jamais fait de finance. Il faut également posséder du bon sens pour réussir les différentes tâches qui nous sont confiées. »

Que conseilleriez-vous à un étudiant souhaitant se lancer dans les métiers de l'humanitaire ?

« Pour exercer ma profession, je lui recommanderais d'avoir une maîtrise en gestion, quelle qu'elle soit, ou en comptabilité. Il aura moins de difficultés à comprendre. Il doit aussi parler couramment une langue étrangère, de préférence l'anglais. On est amené à travailler très souvent avec des pays anglophones. On ne demande pas l'anglais de Shakespeare mais un anglais pratique. La motivation est aussi primordiale. Il ne faut pas se contenter de vouloir embrasser la profession parce que « de pauvres petits enfants meurent de faim » mais davantage parce que certaines situations ne sont pas acceptables. Il convient aussi de réfléchir sur le fait qu'on est amené à s'expatrier pour plusieurs mois. On est confronté à un pays étranger où on ne vit pas à l'occidentale. Même si on n'est pas soi-même menacé, cela peut être très déstabilisant de se retrouver dans un pays en guerre par exemple. De plus, on est amené à côtoyer des équipes locales avec une histoire et un passé. Il faut alors s'adapter et parfois se remettre en question. On se retrouve seul dans un endroit inconnu, parfois sous des gîtes, on se sent isolé. Enfin, la famille doit accepter la situation. »
S.LLe 3 novembre 2006

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