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Interview : Luthier

Luthier
Je suis accueilli par M. Oger qui est en plein réglage d'une guitare, il interrompt son travail et « m'accorde » un peu de son temps.

Quel parcours scolaire avez-vous suivi ?

Je suis issu des métiers de l'industrie, je ne me suis converti à la lutherie que tardivement. J'ai commencé par passer plusieurs CAP, le premier en mécanique d'usinage, le second en soudure.
En fait, j'ai effectué la formation de Bac professionnel soudure, mais ils ne m'ont pas accordé l'examen car il fallait être issu d'un CAP soudure que je ne possédais pas. Ils m'ont donc concédé le CAP par défaut.
J'ai fini par un Brevet Professionnel en mécanique d'usinage pour me spécialiser. Suite à cela, j'ai travaillé dans le secteur industriel pendant de nombreuses années. J'étais confiné à l'usinage de précision. A l'époque les professions étaient beaucoup plus généralistes. Il nous fallait savoir dessiner car nous ne possédions pas de bureau d'études. Nous devions donc tout réaliser nous-même, par exemple il nous fallait créer nos propres outils de travail, ce qui n'était pas plus mal car nous étions obligés de connaître et de comprendre l'ensemble des étapes de production. J'ai donc acquis pendant ces années de bonnes capacités techniques et une grande autonomie.J'ai, dans le cadre de ma profession, suivi une formation (tout salarié y a le droit après un certain temps passé dans l'entreprise) à l'ITEMM (Institut Technologique Européenne des Métiers de la Musique).
Le bouleversement est ensuite venu de mon licenciement, l'entreprise où je travaillais avait alors supprimé mon poste pour des raisons économiques. Je n'avais jamais eu le temps d'approfondir mes connaissances, j'ai donc profité de ma période de chômage pour continuer à me former. J'ai ainsi suivi un stage de vernissage et la formation obligatoire pour devenir artisan, qui est d'une trentaine d'heures environ.

Qu'est ce qui vous a motivé à devenir luthier ?

Comme je vous l'ai plus ou moins expliqué, c'est un ensemble de facteur qui m'ont naturellement amené vers cette profession. Je possède un certain besoin manuel, j'aime le façonnage, le contact avec la matière, de plus je pratique la musique…
C'est tout cela qui m'a motivé à me former, je continue d'ailleurs toujours à apprendre, on peut toujours s'améliorer…

Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui veulent se lancer ?

Un diplôme dans les métiers du bois est nécessaire, la profession de luthier demande de connaître les propriétés de chaque bois. Une formation en alternance chez un luthier est l'idéale, mais reste cependant difficile à envisager, les entreprises d'accueil sont rares car l'apprentissage n'est pas rentable malgré les allègements fiscaux. Il faut savoir qu'un apprenti prend beaucoup de temps, nous devons contrôler tout son travail…
Le secteur idéal pour une reconversion professionnelle est l'ébénisterie car on y retrouve les mêmes approches, la même précision.

Quelles sont d'après vous les qualités nécessaires pour faire ce métier ?

La minutie est essentielle, il faut également être patient, avoir le sens de la perfection. Personnellement, je réagis comme un mécanicien au sens global du terme, s'il y a un problème je dois être capable de l'identifier et de le corriger, même si je dois y passer des heures et des heures.
Il est souhaitable de savoir jouer de l'instrument que l'on fabrique, il faut au minimum en avoir des notions. Avoir une bonne ouïe est en revanche indispensable. Ceci permet de déceler les problèmes et de pouvoir les régler.

Quels genres d'instruments travaillez-vous ?

La plupart de mon temps est consacré aux guitares qui figurent comme la principale demande, il m'arrive de travailler sur des instruments marocains, des mandoles…

Quelles sont vos perspectives d'avenir ?

Mes objectifs sont atteints je travaille dans un métier qui me passionne et, comme je l'ai dit, on peut toujours s'améliorer, il n'y a pas de limites.
C.S.

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