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Interview : Taxidermiste

Taxidermiste

Erwin Cabanac (28 ans)

Société: Le Monde Dubhau Khaal

Crédits photo: Justine Maillard Photographe

Comment êtes-vous devenu taxidermiste ?

J'ai découvert la taxidermie en faisant la rencontre de Bernard Baule à l'âge de 8 ans. C'est aux côtés de ce taxidermiste passionné que j'ai tout appris. Je l'ai d'abord observé pendant plusieurs années avant de prendre moi-même le couteau un jour de chasse pour l'aider à dépouiller chevreuils et sangliers. J'ai commencé à m'exercer sur quelques animaux apportés par ses clients, des chevreuils mais également des lapins ou des renards. A 16 ans, j'ai donc choisi de me diriger vers le CAP taxidermie de Meaux.
Pendant plusieurs années je n'ai plus fait de taxidermie à proprement parler car la boutique de mon maître avait été vendue. Cependant, la passion est plus forte que tout et j'ai très vite repris mes scalpels. Depuis, j'ai même créé ma propre société, « Le Monde Dubhau Khaal », en référence à Alice au Pays des Merveilles.

En quoi consiste votre travail ?

La taxidermie est l'art de redonner à un animal mort l'aspect du vivant. Mon but est donc de recréer artificiellement un animal. L'intérieur de l'animal est reproduit au millimètre prêt par différentes techniques. La dénomination empailleur porte très bien son nom puisque, après avoir construit un squelette de fils de fer, je remplis l'animal de paille. Mais cela n'est possible que pour les petits animaux. Dans le cas des plus gros (ours ou caribous par exemple), je dois englober le squelette réalisé sur mesure de polyuréthane expansé, puis sculpter un mannequin pour pouvoir par la suite y apposer la peau. L'animal ayant ainsi retrouvé sa forme, je dois user d'artifices comme des épingles ou des cordes pour apposer les traces des artères proéminentes ou plis de la peau. Le spécimen ainsi recousu part ensuite pour plusieurs jours de séchage avant de trouver sa place définitive dans un musée ou sur les murs de chasseurs.

Pouvez-vous nous décrire une journée type ?

Une journée commence paradoxalement la veille quand je choisis l'animal sur lequel je vais travailler le lendemain. Le matin, je commence par dépouiller l'animal et laver la peau. Je prépare ensuite le bac de tannage rempli de sel et d'alun dans lequel il restera plusieurs semaines. En début d'après-midi, je commence la confection d'un autre animal en utilisant une peau préalablement tannée. Je cherche ensuite quelle paire d'yeux sera la plus adéquate pour l'animal. Vient ensuite le moment de la couture pour refermer chaque ouverture puis donner la forme définitive à l'animal.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre profession ?

Grâce à la diversité des spécimens, il n'y a pas de place pour la routine. J'apprécie autant la proximité avec la clientèle. De la même manière, la possibilité de présenter le monde animal aux enfants des écoles des environs est une réelle joie. Cependant, l'inconvénient principal reste l'odeur. De plus, le métier souffre encore d'une très mauvaise perception sociale !

Selon vous, quelles sont les qualités requises pour exercer ce métier ?

En premier lieu, il faut une véritable passion pour la nature. Ne pas avoir peur du sang et de la chair est aussi une évidence. L'observation et la patience sont les principales compétences à acquérir. Une forte propension pour les arts plastiques, en particulier pour la sculpture, est vivement recommandée. Il faut notamment être inventif et débrouillard pour recréer l'animal, surtout quand on n'en reçoit que la peau. Enfin, un odorat sous-développé (ou absent) est une véritable aubaine dans ce métier !

Quelles sont vos perspectives d'avenir ?

Réussir à rendre pérenne ma toute jeune entreprise ainsi que l'installation de ma collection sous forme d'un Cabinet de Curiosités qui serait accessible à tous. Sinon, mon rêve serait qu'un zoo ou un musée me confie un jour la naturalisation d'un gorille ! Enfin, intégrer l'équipe du Muséum d'Histoire Naturelle serait une réelle consécration.

Quelques conseils pour quelqu'un qui aimerait bien se lancer ?

Pour trouver ses premiers spécimens, je conseille de se rapprocher des sociétés de chasse et des éleveurs mais aussi des vétérinaires et des routiers. Dans ce métier, il faut impérativement garder une éthique solide face à la vie pour ne pas être amené à faire du trafic d'animaux protégés. Pour cela, il faut en permanence se tenir informé des normes en vigueur, des conventions de Washington en particulier. De la même manière, il ne faut pas céder aux sirènes de l'argent facile en se rappelant que chaque spécimen abattu illégalement accélère la disparition définitive de l'espèce.

Auriez-vous une petite anecdote à nous raconter ?

Dans le cadre de mes études, j'ai effectué un stage chez un taxidermiste spécialisé dans les animaux africains. Un jour, une femme nous demande par téléphone si nous pouvons prendre en charge un éléphant. Persuadé qu'il s'agissait là d'une blague, je réponds par l'affirmative. Quelques heures plus tard, un coup de klaxon se fait entendre devant la boutique. Et là, grosse surprise : un éléphant mort sur une semi-remorque ! Devant le fait accompli, nous nous sommes mis au travail et il a bien fallu s'adapter ! Nous avons été obligés de travailler sur la voie publique, sous le regard stupéfait des passants !
PR17/09/2012

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