Interview : Réalisateur TV

Stéphane Nota (36 ans)

Menée par M. Nota d'un pas alerte mais flanquée de commentaires instructifs, la visite des locaux m'a permis de découvrir la sombre régie aux mille boutons indissociables les uns des autres aux yeux des novices et les salles de montages où sont réalisés les reportages. Puis, cherchant un endroit où faire l'interview, M. Nota me conduisit sur le plateau où est enregistrée chaque soir et en direct l'émission « C'est l'heure ». L'interview se déroula ainsi dans des conditions de tournages réelles, sous le regard éteint des cameras braquées sur nous et la chaleur aveuglante des projecteurs…

Quelle a été votre formation depuis le bac ?

Après mon bac, je me suis lancé en DUT génie électrique. Puis, pendant deux ans, j'ai réalisé mon objection de conscience dans un studio vidéo de l'éducation nationale en tant que cadreur-monteur. J'ai ensuite travaillé 6 mois dans une boîte d'événementiel à la Rochelle et je suis devenu intermittent du spectacle, ce qui m'a donné l'occasion de toucher pour la première fois à la réalisation. Pendant 10 ans, j'ai surtout exercé dans le domaine institutionnel (vidéos d'entreprise pour un cercle restreint, avec un matériel et une organisation moindre). Tout au long de ces 10 années, j'ai suivi les formations très enrichissantes de l'INA (Institut National de l'Audiovisuel, NdlR) grâce au congé individuel de formation. Je me suis formé à la réalisation de documentaires, à l'enregistrement du spectacle vivant et à la direction de production afin de posséder une autre casquette. Ces stages théoriques et pratiques très pointus ont été un excellent complément à tout ce que j'ai pu apprendre sur le terrain.

Comment jugez-vous l'utilité de votre formation par rapport à la réalité du métier ?

En théorie, la voie royale pour accéder aux professions de l'audiovisuel consiste à rentrer à l'université de Valenciennes après avoir obtenu son DUT en génie électrique. Dans mon cas, j'ai sauté la case université pour me tourner vers le terrain. Au final, si j'ai choisi de faire ce DUT, c'est parce que je souhaitais avant tout devenir technicien. Cependant, avec l'expérience, je me suis vite tourné vers la réalisation qui, a posteriori, m'intéressait davantage. Malgré tout, les compétences que j'ai acquises durant mon DUT se révèlent fort utiles pour tout ce qui concerne la pratique.

Quelle a été le contexte de votre embauche à C9 ?

Lorsque je suis arrivé sur Lille, il y a maintenant plus de cinq ans, je me suis de suite renseigné sur les chaînes de télévision régionale. Après avoir décroché un entretien avec le directeur de C9, j'ai été embauché en tant que pigiste-cadreur. Je suis devenu réalisateur par le biais de l'émission « Pulse », qui regroupe 3 chaînes régionales (Wallonie, Flandres et France). Cette dernière, lors de sa création, avait besoin d'un réalisateur qui pouvait aussi bien s'occuper du montage. Comme je correspondais au profil recherché, j'ai été retenu.

En quoi consiste votre travail ?

A C9, je travaille sur la réalisation et l'enregistrement plateau. Tout d'abord, j'assiste à la réunion de la rédaction. Ensuite, je prépare l'émission prévue à 18 h : je gère les couvertures (qu'il faut aller chercher dans les archives ou au contraire tourner), le sommaire, la météo… En tant que réalisateur, je suis indépendant de la rédaction et des journalistes, je gère plus la mise en forme que le contenu. Parallèlement, je m'occupe de l'émission « Pulse » : repérages, découpages et montages des images. Le soir, vers 17h30, je positionne les caméras pour obtenir la meilleure image possible, je reçois l'invité et visionne les sujets qui ont été tournés et montés dans la journée. Durant l'émission, je donne mes ordres aux cadreurs par micros interposés. Le réalisateur peut être en quelque sorte assimilé à un chef d'orchestre qui chapeaute l'ensemble des opérations.

Pourquoi avoir choisi ce métier ?

Pas pour les étoiles du spectacle mais bien pour le côté créatif. Un réalisateur présente en effet deux facettes : celle de technicien et celle d'artiste. Il faut savoir habiller l'information. Les bases techniques sont indispensables tandis que l'artistique fait la différence. Même sur une émission de TV dite « banale », avec un bon montage, on peut obtenir quelque chose d'intéressant.

Quelles sont les qualités nécessaires à l'exercice de votre profession ?

Un réalisateur plateau doit posséder le sens du contact et de la communication : il faut savoir faire passer ses souhaits à l'équipe dans le meilleur des climats possible. En effet, qui dit création dit susceptibilité. Il faut savoir transmettre sa vision des choses sans froisser les sensibilités. De plus, il faut faire preuve de beaucoup de sang-froid, savoir gérer l'imprévu et pouvoir se faire une image du résultat final en ayant une vision globale des caméras.

Quels sont les avantages et les inconvénients de la profession ?

Les avantages : pas de routine, satisfaction du résultat final, l'aspect créatif et le travail à la commande.
- Les inconvénients : aucun travail stable (je ne connais pas de réalisateur embauché en CDI), horaires incertains suivant les commandes.

Quelles sont vos perspectives d'avenir ?

Je souhaite avant tout développer l'aspect TV en réalisant des grosses émissions. Etant spécialisé depuis 10 ans dans le spectacle vivant, j'ai très envie de relier mon expérience dans ce domaine avec ma passion pour la musique en enregistrant des concerts. Enfin, j'envisage sur un plus long terme de réaliser un court-métrage ou un documentaire.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui désire pratiquer ce métier ?

Passer par une école d'audiovisuelle permet de gagner du temps en possédant certains bagages pour entrer dans la vie active. Malgré tout, l'expérience sur le terrain reste essentielle dans ce métier. Il faut être ouvert et devenir une éponge : regarder tout ce qui se fait et s'en inspirer. De plus, il est indispensable d'avoir la hargne pour réussir, car il y a beaucoup de monde sur ce secteur et peu de places libres. Enfin, il faut savoir que dans ce milieu, tout se fait par le bouche à oreilles. On se fait connaître par son travail et on obtient tel ou tel poste grâce à son réseau.

Quel est votre pire souvenir lié au direct d'une de vos émissions ?

Je me rappelle qu'une fois un invité est arrivé une bouteille de vodka à la main. Malgré son état d'ébriété qui me paraissant plutôt avancé, il s'en est très bien sorti durant l'émission et aucun dérapage n'a été à signaler. Pour l'instant, je n'ai jamais eu de gros « accidents ». C'est en ça que le direct est passionnant : le risque plane continuellement.

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