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Interview : Directeur d'une Troupe de théâtre

Nicolas Ory (26 ans )

Société: DIXIT MATERIA.

Tout d'abord, peux-tu me décrire ton parcours scolaire ?

J'ai commencé par un Bac L option théâtre que j'ai effectué à Béthune. Ville très importante car il s'y trouve un centre dramatique national où j'ai pu participer à des ateliers de la comédie de Béthune. Ensuite je suis arrivé à Lille où j'ai effectué un DEUG en Médiation Culturelle et Communication suivi d'une licence d'Art du Spectacle. En même temps que mon DEUG j'ai commencé à être assistant du metteur en scène, Laurent Hatat qui dirige une compagnie conventionnée dans la région : Anima Motrix. De là suit mon parcours professionnel.

Alors, raconte-moi ton parcours professionnel ?

En même temps que de travailler avec Laurent Hatat, j'étais comédien pour la compagnie Tek, qui fait du théâtre et de la vidéo. De là en 2002, j'ai lancé ma propre compagnie. Néanmoins, nous ne sommes professionnels que depuis 2 ans, car les démarches sont longues et coûteuses pour obtenir la licence d'entrepreneur du spectacle à la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles, qui dépend du ministère de la culture). Cette année-là, nous avons alors, commencé avec une première aventure universitaire qui s'est créée au « Zem » et qui s'appelait « Opéra Panic ». Ce spectacle a d'ailleurs était lauréat du festival interuniversitaire la même année. En 2003, toujours au « Zem », nous nous sommes amusés à créer un spectacle jeune public qui s'appelle le « One Zéro Show » et qui raconte les aventures mathématiques du « 1 » et du « 0 ». En 2004, nous devenons professionnels et donc officiellement une compagnie de théâtre. Dans le cadre de Lille 2004, nous avons créé deux petites formes d'ateliers culinaires. Une première forme qui fonctionnait par période et une seconde qui était une lecture spectacle des textes culinaires de Rodrigo Garcia.Toujours dans le cadre de Lille 2004 nous avons monté notre premier gros spectacle professionnel qui s'appelait « le chant du Dir Dir » de Danièle Lalisse, une auteure québécoise. Le spectacle vit depuis septembre 2004 et continue car il est parti en « off » pour le festival d'Avignon.
En 2006, création d'un nouveau spectacle encore plus gros que le précédent et qui s'appelle « Les mains bleus ». Ce spectacle est une co-production de la comédie de Béthune, en partenariat avec Le Temple de Bruay-la-Buissière. Création en novembre 2006 au Zem, des chantiers de travail. Le but n'étant pas de faire une création avec les enjeux, préparation et répétition mais plutôt de réaliser un travail en cours sur « comment faire du théâtre » et « comment partage-t-on le fait de faire du théâtre avec des spectateurs ». La dernière création est encore une fois un texte de Rodrigo Garcia : Prométhée. Nous allons raconter aux gens l'histoire de Prométhée d'une manière étrange.

Est-ce que ta formation en elle-même t'a servi pour ton évolution professionnelle ?

Oui dans la mesure où pendant mes études j'étais assistant à la mise en scène, ce qui m'a permis d'étudier la scène et le travail de mise en scène. Cela faisait partie d'un accord tacite avec mes parents qui consistait à me former sur le plateau pour être un bon professionnel.

Qu'est-ce qui t'a attiré vers ce milieu où rien n'est facile?

Quand j'étais au lycée, j'allais souvent à la comédie de Béthune, j'ai fini par y rentrer gratuitement car les gens savaient que j'étais étudiant. De fil en aiguille, j'ai rencontré beaucoup de monde de l'équipe et mon grand plaisir était d'aller aux premières pour me faire inviter au restaurant après. A l'heure actuelle, j'ai passé une bonne partie de ma vie à faire du théâtre donc inéluctablement, je fais du théâtre parce que je ne sais rien faire d'autre. Et, à vrai dire, je n'ai jamais pensé faire autre chose.

Quel avenir a le théâtre ?

Malheureusement, je vais être très pessimiste car je dirais que nous n'avons pas d'avenir. Tout l'argent qu'on gagne et qui permet de monter des spectacles et ateliers divers vient soit de l'état soit des villes. Quand on joue sur une scène nationale, dans un centre dramatique national, dans un théâtre missionné ou sur une scène conventionnée, ce sont des théâtres qui sont subventionnés pour leur exercice. Et quand, nos spectacles sont achetés par eux, on reçoit de l'argent de l'Etat indirectement. Les centres culturels, où nous jouons vivent grâce aux subventions de la DRAC, de la région et/ou du département et/ou de la ville. Le problème est alors que nous ne fonctionnons que grâce à de l'argent public. Les centres culturels et les compagnies sont subventionnés par la DRAC.
Or, le but du gouvernement actuel est de supprimer toutes les directions régionales d'ici à 5 ans et ainsi abandonner la décentralisation du ministère de la culture dans les régions. Et il se trouve que sans la DRAC, « le chant du Dir Dir » n'aurait pas pu être montés ni être exporté au festival d'Avignon. C'est pour cette raison que je dis que nous n'avons pas d'avenir car si les régions ne trouvent pas les moyens de financements privés ou ne doublent pas les aides déjà existantes, le théâtre subventionné est amené à disparaître. Sauf exister dans des gros événements comme Lille 2004 ou encore Lille 3000, il sera encore plus difficile de faire vivre la culture. Sans oublier que pour ce genre d'événement, les organisateurs font rarement appel aux artistes réellement locaux et préfèrent programmer ceux déjà connu. Ne négligeons pas non plus que pour de plus en plus de monde, la culture passe à la télévision, ce qui est une ironie.
La solution la plus adéquate pour la vie de la culture, et donc du théâtre, serait de trouver des sponsors, le mécénat ou encore le théâtre privé.

Quels conseils pourrais-tu donner à ceux et celles qui désireraient entrer dans ce milieu ?

Tout simplement d'en avoir envie et comme pour tout métier et de se donner les moyens. Moi j'ai passé du temps au théâtre car j'avais envie d'entrer dans ce monde et de connaître les gens qui y évoluaient. Les choses se sont faites au fur et a mesure. Le gros conseil que je pourrais donner c'est d'être ambitieux. 90 % du travail est d'être présent et de se montrer. Aller voir les comédiens en fin de spectacle pour leur donner votre avis ou tout simplement discuter. Au fur et a mesure, les relations se tissent et ce sont eux qui viennent vous saluer après. Le théâtre c'est d'abord y aller, y être et essayer au maximum de rencontrer des gens.

En quoi consiste ton travail ? Une journée type ?

Il n'y a pas vraiment de journée type car un spectacle est un travail de longue haleine. Il y a la partie production qui représente 80 à 90 % du temps de travail. Il reste environ 10 % du temps pour vraiment travailler sur le spectacle avec les répétitions où là on est enfermé dans une salle pendant près de 2 mois et demi.

Pourquoi le nom DIXIT MATERIA ?

Materia représente la matière du théâtre qui est composée de la lumière, de la musique, des acteurs…et DIXIT c'est faire « référence à » donc DIXIT MATERIA est une référence aux éléments qui constituent le théâtre.
JxS25/05/06

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