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Interview : Enseignant et chargé de projet TICE

Nicolas Danquigny (44 ans)

Je rencontre monsieur Danquigny après une longue errance dans les couloirs labyrinthiques de l'IAE de Lille, due notamment à un sens de l'orientation désastreux. C'est la première fois que je m'y rends et l'ancien hospice me paraît être un cadre idéal pour travailler, Monsieur Danquigny m'attend au niveau des bureaux rénovés des professeurs.

Depuis combien de temps enseignez-vous à l'IAE ?

Je travaille depuis fin 2007 pour Lille 1 et l'IAE qui en fait partie, au service d'enseignant et suivi de projet au sein du CEMM. Je m'occupe du service multimédia de l'université qui propose de mettre en service des outils multimédia et de production de ressources pour les élèves et les étudiants.

Quels sont les moyens mis en place pour l'enseignement des TICE ?

Tout d'abord, il y a la transposition des méthodes traditionnelles sur des technologies électroniques. En premier lieu, il y a la plateforme pédagogique qui est un site internet sur lequel on va déposer des ressources mais aussi mener des activités pédagogiques par des forums, devoirs en ligne, projets collaboratifs, quizz ou leçons interactives. Pour les étudiants présents mais aussi pour les étudiants en formation à distance au Brésil, Espagne, Afrique, etc. c'est un moyen d'apprentissage précieux. Mais il y a aussi les méthodes d'apprentissage informelles : les blogs par exemple. Soit la production de contenu ou instauration d'une plate-forme de blogs afin de s'exprimer. Ces activités font partie de la mise en place de leur identité numérique. En partant du constat qu'on laisse des traces sur internet un peu partout mieux vaut maîtriser son identité virtuelle et en être acteur. La pérennité des informations est quasiment à vie sur internet, ce qui nous oblige à faire attention à notre e-réputation. La promotion de soi par le « me marketing » est devenue un phénomène très important avec le web 2.00. L'utilisation des réseaux sociaux faite par les étudiants n'a pas de ligne éditoriale forcément fixée lorsqu'ils publient du contenu sur ces sites. Sur la plate-forme mise en place, on va leur apprendre à se présenter.

Ceci va-t-il les aider plus tard dans la recherche d'emploi ?

Oui on peut penser aller vers ce que les Canadiens utilisent déjà depuis longtemps, le e-portfolio qui permet de transporter des informations d'un site de réseautage à un autre. L'intérêt sur internet, serait plus tard, de pouvoir conserver une sorte de « dossier » qui serait géré par soi-même et qui serait transportable d'un site à l'autre sans avoir à faire la démarche de rentrer à chaque fois les informations sur son identité. Mais pour l'instant la tendance est à l'inverse assez friande de la diversité des profils selon les sites communautaires utilisés. Plus tard, on peut penser que cela sera plus standardisé.

Avez-vous toujours été passionné par les nouvelles technologies ?

Je suis de 65, j'ai connu les débuts de la micro-informatique dans les années 80. Les premières calculatrices et ordinateurs programmables. Ma génération a connu les premiers pas de Windows jusqu'à tous les environnements que l'on connaît aujourd'hui. On a commencé à parler d'internet vers 95. A cette époque je travaillais déjà en enseignement assisté par ordinateur avec des CD et il y a eu une accélération exponentielle alors que j'étais consultant informatique.

Quel a été votre cursus ?

Pour ce qui est de mon cursus scolaire : j'ai fait une maîtrise à Lille 3 en administration économique et sociale option informatique spécialisation interne en entreprise. La trame de mon parcours d'étude et professionnel a toujours été la communication et l'informatique. Comme beaucoup de ma génération, la question s'est souvent posé de savoir comment les nouvelles technologies pouvaient nous aider dans la création et la diffusion de la connaissance.

Pensez-vous que les nouvelles générations ont assez de recul sur les nouvelles technologies ?

Je suis de la génération X, celle née dans les années 60 et la génération d'aujourd'hui on pourrait l'appeler la génération Y, celle qui a toujours connu des outils de TIC.

C'est mon sujet de recherche justement : les « digitales natives ». Beaucoup savent utiliser les outils informatiques de façon très précoce et leur manière d'aborder ces outils est beaucoup plus naturel. Les outils informatiques s'adaptent et sont de plus en plus intuitifs. Usage naturel pour les Y. C'est un usage normal alors que pour ma génération, c'est toujours un étonnement.

Le plus grand danger actuellement c'est que le web ne soit plus la propriété des citoyens. Car rien dans le web 2.00 n'appartient à l'usager, les informations sont centralisées dans les mains de quelques-uns alors que la philosophie d'internet était au début une philosophie de périphérie. L'idéal serait qu'il y ait un serveur pour chaque utilisateur.

Pensez-vous que le web permet un rapport plus simple avec les employeurs ?

Les employeurs pour le moment sont en majorité des personnes de ma génération qui privilégient encore les rencontres physiques et les CV classiques. Tout dépend du job que l'on recherche bien entendu. Pour beaucoup de postes dans des domaines comme l'informatique, l'audiovisuel, c'est une bonne idée de se mettre en scène sur internet, cela montre que l'on maîtrise ces outils. Des sociétés informatiques se sont même mises à recruter sur « second life ».

Le web permet une forme d'instantanéité et de mettre en lien son CV avec des choses que l'on aurait créées avant, c'est une sorte de mise en scène de soi. Cependant tout dépend de son interlocuteur et ça peut être compliqué. Les normes de CV existent de moins en moins et il est difficile de définir des normes justement.

Et pour les responsables d'entreprise ?

La démocratisation du web 2.00 permet aux employeurs de connaître les évolutions en matière de recrutement et les niveaux de connaissance disponibles sur internet ce qui peut rendre la compétition encore plus difficile entre les demandeurs d'emploi.On va vers plus de transparence, vers plus de lisibilité du marché de l'emploi. Employés et employeurs peuvent rapidement connaître les évolutions du marché de l'emploi et donc vérifier les qualifications de chacun.

Après il y a des sites qui fonctionnent comme une recherche de collaborateurs suivant des centres d'intérêt communs comme le site whyers.com qui permet de mettre en lien des gens dans une envie commune de monter un projet. Cela permet de multiplier les projets car il semble de plus en plus impensable pour la nouvelle génération de garder le même emploi toute sa vie. On est plutôt dans la formation tout au long de sa vie. A cela, il y a un versant positif : la créativité et le versant négatif serait l'instabilité.

Internet crée-t-il une faille encore plus grande entre les individus, surtout pour des personnes qui ne maîtrisent pas les codes ?

Avoir un réseau social est important dans la recherche d'emploi. Et justement je pense qu'internet peut être un bon moyen pour des individus qui n'ont pas les bonnes fréquentations de rencontrer des gens qui pourront les aider professionnellement. Il faut cependant une fois que l'on est passé par internet, repasser par des rencontres dans la vraie vie. C'est un accélérateur pour repasser au réel après. Ceux qui ont les réseaux humains et les réseaux virtuels ont deux fois plus de chance de trouver un emploi. Sinon il y a évidemment un décalage générationnel puisque les jeunes ont un rapport plus intuitif avec les nouvelles technologies.

Comment restez-vous au courant des évolutions ?

Je suis abonné à des newsletters et je passe toujours un temps par semaine pour me mettre au courant des nouveautés. J'utilise Twitter qui me permet de rester à la page. C'est du micro blogging sur les dernières nouveautés du net. Il n'y a pas un jour où je ne pense pas à faire de la veille sur internet. Je le faisais moins auparavant mais aujourd'hui je me dois d'être au niveau pour assurer le niveau de l'université dans l'utilisation des nouvelles technologies.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier?

Les avantages du métier sont que l'on est toujours en veille, toujours en alerte. Le web n'est pas une science morte, les usages se créent au fur et à mesure, prévenir l'avenir reste complexe. Mais aussi prévoir l'avenir de l'université. Pour ce qui est des inconvénients, je dirais que ce n'est pas reposant, que ce n'est pas un environnement stable. Les cours que je dispense doivent être rafraîchis souvent. Mais je pense qu'en tous les cas la mise en pratique est le meilleur moyen pour faire comprendre des choses aux étudiants.
VB07/07/09

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