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Interview : Réalisatrice

Réalisatrice

Marine Place (35 ans)

Pour commencer, pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

J'ai fait un Bac D, l'équivalent du bac scientifique aujourd'hui, et j'ai enchaîné sur un DEUG de Lettres avec option filmologie. Ensuite, j'ai fait un stage de scénario en Belgique, avec Jean Jacques Adrien. C'est là que j'ai écrit le scénario de mon premier court métrage, qui s'appelait Rebonds.
Les images m'intéressaient de plus en plus, alors j'ai voulu faire une licence à Paris… en fait, j'ai suivi quatre mois puis j'ai arrêté. Comme j'avais déjà des expériences dans le théâtre, un metteur en scène m'a proposé une place de régisseur son. Puis, je suis devenue assistante mise en scène. En parallèle, j'ai fait un stage dans une boîte qui s'appelait Média Films et ça a bien accroché. Le producteur, Philippe Mortier, même s'il faisait des films institutionnels a voulu produire Rebonds. Il a été sélectionné à Cannes, c'est comme ça que j'ai commencé à me faire connaître. J'ai commencé à pouvoir être payée pour des films associatifs ou des documentaires. Aujourd'hui, je réalise des choses pour France 3, d'autres avec des boîtes de production et j'ai beaucoup de projets.

Comment se passe, concrètement, le travail du réalisateur ?

Quand c'est une commande, le producteur voit d'abord le CV. S'il lui plaît, il appelle le réalisateur. Parfois, je travaille aussi sur des documentaires que je propose à des productions.
Pour les documentaires de commande, ça va vite. Par exemple, quand je dois tourner un épisode de l'émission « En avant la musique » pour France 3, je vais généralement rencontrer deux fois l'harmonie ou la fanfare. D'abord, j'y vais sans la caméra, on discute de comment va se passer le film. J'écris alors une forme de scénario d'environ 13 minutes. Ensuite, une équipe de France 3 arrive et filme selon un planning de rendez-vous que j'ai décidé à l'avance. Après cela, je participe au montage pendant une semaine.

Quelles sont les qualités essentielles que se doit de posséder un réalisateur ?

Il faut un certain sens social. En tout cas, en documentaire, c'est important. Il faut entrer dans l'univers des gens sans jamais les juger. On doit également avoir les nerfs solides parce qu'il y a beaucoup de changements. C'est là qu'il faut rester calme et ne pas paniquer.
J'imagine qu'il y a aussi une part de talent pour que le film soit intéressant, mais ce n'est pas la plus grande… c'est peut-être aussi l'expérience qui fait que l'on s'améliore.

Et comment vivez-vous, au quotidien, le statut d'intermittent du spectacle ?

Je pense qu'il faut avoir un certain état d'esprit. Personnellement, je suis bien dans la vie que je mène. Mais c'est vrai que je ne sais jamais, d'une année sur l'autre, si je pourrai refaire mon statut. Certains trouvent ça insupportable de ne pas savoir, alors ils arrêtent. Pour ma part, je vois l'intermittence comme une grande liberté… C'est assez agréable, je décide de travailler un peu comme je veux. L'idéal, c'est de transformer l'angoisse en attente d'un espace libre. Je fais le métier que j'aime : j'ai des images dans la tête et on me paye pour les réaliser. J'ai un peu de mal à considérer cela comme un travail. Réaliser, pour moi, c'est comme vivre.

Pour terminer, quels conseils pourriez-vous donner à tous ceux qui seraient tentés par cette carrière ?

D'être très tenaces. Il faut vraiment avoir ça dans le sang si on veut que nos idées arrivent à l'écran. Il y a beaucoup de difficultés et de déceptions. Ce qui est sûr, c'est qu'il ne faut pas le faire pour l'argent, mais une fois qu'on en vit, on en vit correctement. Malgré tout, ce n'est une motivation qui tient parce que c'est trop instable. Et puis, je dirais qu'il faut garder sa passion en ligne de mire et calmer son désir de reconnaissance.
M.I.13.10.08

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