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Interview : Étudiant en arts et metteur en scène

Étudiant en arts et metteur en scène
Cette semaine, partez à la rencontre d’un des hommes de l’ombre, Anthony Tissot qui étudie la scénographie et qui a déjà réalisé entièrement un spectacle. Il vous parle de ses études, de ce qu’implique la création d’une œuvre et ce que ses expériences ont eu comme impact sur lui.

Quelle est ta situation actuelle (scolaire ou professionnelle) ?

Ancien étudiant de l’institut Saint-Luc de Tournai, j’ai décidé de revenir en France après un an pour passer mon BAC puis je suis entré à l’université de Valenciennes section Arts plastiques. Actuellement, j’ai terminé ma licence et je viens de tenter le concours de l’ENSAD de Paris 4e année section scénographie.

Comment se présentaient tes cours ?

Ma licence d’Arts plastiques se constituait de deux blocs, un pratique et un théorique (analyse de l’image, filmologie, histoire de l’Art...). En 3e année, je me suis spécialisé en création numérique. Les deux premières années sont principalement consacrées à la maîtrise des différents outils, techniques et en Licence 3, la pratique personnelle est davantage valorisée. Ces trois années m’ont permis d’explorer les limites de mon art et je me rendis compte que ma formation de plasticien m’était primordiale, m’apportant quelque chose de supplémentaire dans ma pratique du plateau théâtrale.

Pourquoi avoir choisi cette voie artistique ?

Elle est venue à moi. En février 2011, je vois le spectacle « Hey Girl » de Romeo Castellucci au Phénix de Valenciennes et ce fut une claque tellement énorme que j’y suis retourné le lendemain pour me rendre compte de ce que je venais de voir, autant visuellement que spirituellement. Je ne m'étais jamais vraiment intéressé à cet art et ce spectacle me faisait faire un virage dans ma vie. Se rendre compte ce qu’était véritablement le théâtre contemporain, tout ce qu’on pouvait faire sur un plateau, les possibilités étant illimitées et tout ça me fit me remettre en question sur ma vie et mes choix.

As-tu eu des expériences professionnelles ou des stages ? Que penses-tu de ces expériences ?

J'ai monté un premier projet de performance/pièce de théâtre en 2012, "VIOL. Brisez le silence. Vivre et ne plus survivre". Cela m'a plu énormément et j'ai eu l'envie de me consacrer à un projet plus ambitieux donc j'ai passé un an à créer mon premier spectacle intitulé "SORRY FOR THE BLOOD - Le Paradis perdu" sur le thème de la genèse, que j'ai totalement réinterprété. La représentation s'est passée le 27 juin 2013 à l'auditorium st Nicolas. J’ai donc écrit, mis en scène, scénographié et me suis occupé de toute la conception visuelle du spectacle. Quand tu offres une année de ta vie à un spectacle, que ton spectacle parle d’avortement, le destin fait qu’il devient tout de même ton bébé. Et c’est à ce moment que tu te rends compte qu’une pièce est un alliage de tellement de choses. Il s’agit d’écrits, de rencontres, de croquis, de schémas, de musiques, d’images, de tableaux...

Qu’est-ce que tu tentes d’apporter dans ton spectacle ? Quels sont tes techniques personnelles ? Tes buts ?

La question qui me hantait restait tout de même comment en finir avec la représentation théâtrale dite classique, de l’image stéréotypée que les gens en ont pour la plupart. Ma réponse se traduit par un théâtre qui devient pratiquement charnel, où apparaissent des corps désarçonnés et violentés, des cris, d’une stridence presque insupportable, un théâtre où les icônes volent en éclats et où l’espoir naît de ces débris. Mais où la place du texte n’est pas primordiale, voire même inexistante, dans l’attente et l’espoir qu’un jour on puisse s’en passer, pour que la langue laisse place à une simple expression scénique. Il faut donc réinventer cette notion de l’image, qui est une notion simple, mais à la fois une notion tellement vaste, tellement dangereuse, qu’il devient nécessaire de la réinventer. Dans l’élaboration de mon spectacle, j’ai essayé de faire abstraction de ce qui a été fait, jusqu’à me contredire moi-même à certains moments.

As-tu la même perception du monde artistique, du spectacle qu’avant ces expériences?? Y as-tu vu des avantages/inconvénients ?

Dans SORRY FOR THE BLOOD, il n’y avait aucune stratégie d’argent, je voulais que mes acteurs ainsi que mon équipe puissent faire exactement ce qu’ils voulaient, quitte à ce que je paye moi-même les pots cassés, ce qui fut le cas. C’était donner un an de sa vie, et force est de constater que les « instances supérieures » ne voyaient tout ça que comme une petite lubie d’étudiant, mais c’était bel et bien nos âmes que nous mettions dans ce projet. Cet esprit me marquera à tout jamais : faire du théâtre pour faire exactement ce dont tu as envie, sans aucun type de stratégie commerciale ou institutionnelle. Du coup, je peux dire que cet accès au théâtre a été pour moi un moment heureux même s’il faut préciser que cette ouverture culturelle est très minoritaire malheureusement. La question vaut le coup d’être posée : sait-on encore vraiment donner leurs chances à de jeunes gens qui veulent faire plus que du théâtre, mais bel et bien de faire passer un message?? Je pense que le plus important est l’esprit qui se dégage de tout cela, l’esprit qui se passait à ce moment-là.?

Quels sont tes projets, tes perspectives d’avenir ?

Je suis en train d’écrire la suite de ma première pièce et qui s’intitulera : SORRY FOR THE BLOOD - la Mort Vaincra, deuxième épisode du triptyque théâtral que j’ai entamé, une pièce basée sur l’univers du personnage de Lilith et de la capacité d’une personne à s’autodétruire. Nous sommes avec un collectif d’amis, en train de monter notre association qui se nomme « Art is Resistance », un collectif basé sur la pluridisciplinarité de nos parcours et de nos compétences, qui travaille chaque forme d’art (Performance, peinture, vidéos, théâtre...) ?

As-tu des conseils pour ceux qui sont attirés par le monde du spectacle ? Quelles sont les qualités nécessaires pour bien exercer dans ce domaine ?

Le milieu théâtral repose sur un engagement, une détermination, une aptitude à la constitution progressive d’un réseau personnel, à savoir rebondir, à créer des situations inédites et à saisir des opportunités. Ce milieu demande une capacité de travail et d’autonomie très importante, une exigence et une rigueur, une aptitude relationnelle forte.?
Pour ce qui est des écoles à orientation professionnelle, elles sont certes un peu plus nombreuses aujourd’hui qu’il y a vingt ans. Mais ce nombre, même accru, reste plus que limité. Il faut donc reconnaître de façon brutale le fait qu’en France, les jeunes qui souhaitent apprendre le théâtre (que ce soit pour un usage de loisir, de culture ou de profession) ne bénéficient pas de possibilités convenables. Le seul véritable conseil est de s’accrocher à ces rêves, ne rien lâcher. Si le milieu du théâtre est pour vous une évidence alors le chemin sera long et sinueux, mais accrochez-vous, persévérez et vous verrez, peut-être que votre travail mettra des années à être reconnus, mais lorsqu’on abandonne ces rêves, l’espoir disparaît pour laisser place à cette petite voix qui raisonne en vous et qui vous pose cette question incessante de ce qu’aurait pu être votre vie autrement...
BR21/07/2014

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