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Interview : Costumier

Costumier
Avec lui, la fête est plus belle… Vous pouvez tout lui demander, que ce soit un costume de Cow-boy, de soldat napoléonien, ou même de Teletubbies, il vous le fournira. Mais ce n'est pas l'unique activité de Dominique Villain, puisqu'il travaille aussi pour la publicité, le cinéma et la télévision, pour qui il réalise non seulement des costumes, mais également des décors et des accessoires. C'est ce qu'il nous explique dans l'interview qui suit…

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

En fait, j'ai une scolarité un peu particulière, car mon père voulait que je fasse des études classiques. Aussi, j'ai obtenu une licence de droit et j'ai embrassé une carrière dans l'administration. Mais très vite, je me suis lassé et, au bout de deux ans, j'ai décidé de changer de travail et de faire ce qui me plaisait réellement.

Quelles sont vos activités ?

En fait, nous travaillons avec tous les types de clients. Que ce soit les particuliers, les institutions, dans le cadre de l'organisation de son et lumière, des entreprises, des associations… Mais aussi avec des gens de théâtre et de cinéma. J'ai la réputation de satisfaire toutes les demandes.
Mais, la conception de costumes n'est pas notre seule activité. Nous faisons également des décors et des accessoires pour le cinéma et le théâtre.

Pouvez-vous nous donner un exemple de film, sur lequel vous avez participé ?

Non, car bien souvent, on ne nous donne pas les titres des films, mais des codes, du genre projet X 15, afin que nous ne puissions rien divulguer. De plus, les productions emploient souvent des costumières en free lance qui vont faire appel à nous en sous-traitance, pour combler des manques.
Je peux vous citer l'exemple, d'un contrat avec Renault, pour un film publicitaire, où je n'ai su quel était le produit pour lequel j'avais travaillé, que lorsque j'ai vu la publicité diffusée à la télévision.

Quels sont les avantages que procure ce métier ?

Le principal avantage est que l'on vit en permanence dans une atmosphère de fête. Cette profession fait que nos clients sont des gens joyeux, car ils préparent des évènements festifs.

Et au niveau des inconvénients… ?

Malheureusement, dans cette profession, comme dans beaucoup d'autres, on croule sous les charges sociales qui nous empêchent d'investir et de grandir. Ceci n'est pas seulement dû à la politique du gouvernement actuel, mais aussi à celle du précédent gouvernement de gauche.
De plus, on a le problème de la gestion des stocks, car on ne connaît jamais les demandes à venir. Les modes changent et les costumes qu'on nous demande évoluent avec ces modes… C'est une quête permanente pour trouver quels vont être les costumes qui nous seront demandés. Par exemple, il n'y a pas si longtemps, on nous a demandé beaucoup de déguisements de Teletubbies. Seulement, aujourd'hui, ces personnages sont passés de mode et nous restons avec des costumes sur les bras que l'on arrive plus à louer.
Pour finir, il faut avoir en tête que ce métier de costumier appartient au domaine du superflu. Si les gens gagnent moins d'argent, ils n'iront plus voir le costumier et feront leurs déguisements avec les moyens du bord… en allant fouiller dans l'armoire de la grand-mère par exemple.

Quelles qualités sont pour vous nécessaires à l'exercice de cette profession ?

Je pense qu'il faut avoir le goût de la liberté, du risque et de l'indépendance. Il est nécessaire également de disposer d'une bonne connaissance de l'histoire antique et contemporaine, ainsi que du folklore. De même, il est bon de connaître l'histoire du costume et de faire preuve d'une culture générale assez complète.
Sinon, des qualités de communicant sont aussi importantes, car on est amené à rencontrer une multitude d'interlocuteurs, à tous les niveaux.
Et enfin, même si ce n'est pas vraiment une qualité, il faut avoir de l'argent.

Selon vous, quelles sont les perspectives d'avenir de cette profession ?

Vous savez, il y a un proverbe qui dit que nul ne sait de quoi demain sera fait. Il est difficile de prévoir l'avenir, car c'est très aléatoire. Est-ce que demain, les gens auront toujours envie de faire la fête et de se déguiser ?
C'est comme pour les costumes qu'on loue… On ne peut savoir aujourd'hui quels seront les déguisements que les gens vont nous demander demain. Là encore, j'ai un exemple, avec les costumes de l'armée allemande… Quand le film « Papy fait de la résistance » est sorti au cinéma, les déguisements de SS étaient très demandés, personne n'était choqué. Aujourd'hui, avec les évènements qui se produisent en France, les dégradations de cimetières juifs et les attentats contre des synagogues, ça a changé. Maintenant, pour louer ce type de costume, on demande la carte d'identité et la cause de la location…
Aussi, il est impossible pour moi de vous parler des perspectives à long terme. Par contre, pour les 30 / 40 prochaines années, on peut dire que c'est une profession qui existera toujours.

Justement, avez-vous des conseils pour ceux qui voudraient se lancer dans la profession, dans les années à venir ?

Je ne veux pas dégoûter les jeunes, mais il ne faut pas qu'ils rêvent… Quand j'ai débuté, j'ai eu la chance d'arriver au bon moment. Les gens n'étaient pas blasés de ce qu'ils voyaient à la télévision et c'était plus simple de faire son trou. Malgré cela, tout n'a pas été toujours facile. Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, les gens sont beaucoup plus durs à surprendre et à impressionner. Il faut donc faire preuve de créativité et de capacités artistiques. De plus, je conseillerais à tous les étudiants d'être pragmatiques et cartésiens, et de garder à l'esprit que c'est un métier pour lequel il faut des aptitudes de gestionnaire.

Pourquoi des aptitudes de gestionnaire… ?

Je prends l'exemple de ma situation personnelle… Tous mes bénéfices sont investis dans les stocks, dans lesquels j'ai pour des centaines de milliers d'euros de costumes, d'accessoires et de décors. De plus, il faut aussi, pour se faire connaître, mettre en place un plan de communication. Cette année, j'en ai eu pour 7 000 €, juste pour faire de la publicité dans les pages d'or belges, le minitel et les pages jaunes.
P.E.M.

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