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Interview : Couturier

Couturier

Pourquoi êtes vous devenu couturier ?

Je ne pourrais pas vous l'expliquer mais depuis que j'ai 6 ans je veux faire ce métier. J'ai toujours voulu faire ça, la haute couture m'a toujours fasciné. J'aime les tissus, je suis attiré par tout ce qui est luxe, d'ailleurs je propose des produits de luxe. Je ne suis pas du tout issu du milieu mais c'est une passion que je ne peux pas expliquer. C'est un métier où l'on rame donc il faut être passionné sinon on lâche.

Quelle formation avez-vous suivi ?

J'ai suivi un parcours classique jusqu'au bac puis je suis entré à l'ESAAT à Roubaix où je suis resté un an. Ensuite j'ai fais les beaux arts à Tourcoing pendant deux ans afin d'apprendre le dessin et d'avoir plus de technique et enfin j'ai rejoint l'ISAA à Paris pour faire un BTS de stylisme modélisme.

Quelles sont vos expériences professionnelles ?

J'ai été diplômé de l'ISAA en juin et en septembre j'ouvrais ma société. Je faisais du vêtement sur mesure pour femmes et aussi du prêt-à-porter c'est-à-dire que je créais des modèles et je les faisais faire. Cela a duré deux ans et j'ai arrêté. Ensuite je suis entré dans le milieu du spectacle, j'étais costumier dans un cabaret pendant deux ans et demi. Le cabaret a fermé et là j'ai essayé d'être intermittent du spectacle mais ça n'a pas fonctionné. Et finalement je me suis réinstallé il y a deux ans comme artisan, travailleur indépendant.

Y a-t-il des différences entre l'idée que l'on se fait du métier et la réalité ?

Déjà le passage du mannequin à la femme de la rue il y a une grande différence. J'habits plus des femmes qui font du 40, 42 voir 46 que des mannequins sans formes. Il y a aussi un gouffre entre les fantasmes que l'on peut faire pour les travaux d'atelier et les vêtements qui sont vendus. Certains rêves de vêtements qui ne sont absolument pas adaptés à la vie quotidienne. Ce qui est aussi très visible c'est la confrontation entre les rêves de gloire que l'on peut faire lorsque l'on est en école et la réalité. Il faut que les jeunes arrêtent de croire qu'ils vont être le prochain Dior ou Jean-Paul Gaultier.

Quelle idée avez-vous de votre métier ?

J'ai une certaine vision du métier dont je ne veux pas dérogé : je fais un produit de luxe, artisanal, je revendique un certain savoir faire. Je fais de la formation continue pour toujours rester dans l'excellence. Je me considère comme un couturier et non comme un styliste qui ne fais que dessiner et ne crée pas les vêtements. Moi je dessine, je patronne, je coupe, je couds et je vends. Je fais du sur mesure pour une cliente, je vois la réalisation du vêtement et je rencontre la personne qui va le porter. Je pense que si on ne sait pas coudre on ne sait pas dessiner. Il faut pouvoir visualiser le vêtement pour bien le dessiner. En école d'art, certains dessinent des habits mais quand on leur demande par où on entre, il ne savent pas. Ils ne savent pas placer les coutures, ils ne connaissent pas les tissus ni le corps féminin, ils proposent donc des dessins dans des tissus qui ne sont pas compatibles et qui n'auront pas le tombé désiré. Et quand on leur parle de finitions, de techniques de montage alors là il n'y a plus personne. Je suis un défenseur de la technique.

En quoi consiste votre travail quotidien ?

Je fais des vêtements sur mesure et des costumes de spectacle. Les deux tiers de mon travail en couture sont des robes de mariée et les robes pour le mariage. Je ne suis pas tailleur, je ne fais pas de costumes d'hommes. Depuis peu de temps, je m'occupe aussi des accessoires : chapeau, gants, pochettes, sacs à main, fleurs en soie, etc. J'ai une petite clientèle qui s'habille couture au quotidien, ce sont des personnes hors norme, qui ne trouvent pas de vêtements en magasin ou des personnes qui veulent des vêtements sur mesure, mais cela reste marginal. Ma deuxième casquette, c'est costumier et là je fais tout et n'importe quoi. Je suis également le président de la chambre des artisans et des petites entreprises d'habillement de la région du nord. Je représente la région lors des assemblées. J'essaie de débloquer des fonds pour les stages et les formations. J'organise la formation continue sur la région. En cas de problème entre un couturier et un client, j'aide à la résolution du conflit. Je conseille les personnes intéressées par les métiers de la mode. Je veux renouveler l'image de la couture, la moderniser et montrer que c'est un métier intéressant et riche.

Selon vous, quelles sont les compétences nécessaires à avoir pour réussir ?

Pour faire de la création, je pense qu'il faut un minimum de connaissances artistiques. Il faut se nourrir de se que l'on voit, on invente rien, on transforme. Il est indispensable de savoir dessiner même si cela se travaille, on peut apprendre à dessiner. Il ne faut pas se cantonner à la mode, il faut s'intéresser à l'histoire de l'art, à l'architecture, à la sculpture,… Ensuite il faut une vraie formation technique : coudre, faire un patron, connaître les tissus, etc. Sinon il n'y a pas de secret c'est en faisant que l'on apprend. Aujourd'hui c'est le problème du secteur, il n'y a plus de vraie formation technique, pour apprendre à coudre. A l'école on apprend à faire un patron mais pas à coudre.

Quelles qualités personnelles pensez-vous qu'il est bon de posséder ?

La patience, la diligence et la ténacité car on ne réussit pas du premier coup à faire un vêtement et on ne réussit pas professionnellement dès le départ. Il faut toujours se former et ne jamais se croire arriver.

Parlez-nous des avantages et des inconvénients de votre métier.

C'est un métier saisonnier car la plupart des mariages se déroulent fin mai et en juillet donc c'est le rush pendant trois mois avant et l'hiver c'est très calme. Pendant toute l'année je travaille pour le spectacle donc je n'ai pas trop de problèmes mais d'autres couturiers sont obligés de faire de la retouche en hiver. C'est un métier qui entre dans la vie personnelle car comme toute passion, cela ne s'arrête pas à la porte du bureau, on y pense toujours. De plus, c'est un métier en perdition donc la clientèle est de plus en plus dure à trouver ainsi que les fournisseurs. Mais je ne changerai pas de métier, j'aime ce que je fais. On doit être curieux, ouvert sur tout et connaître les innovations, c'est très intéressant.

Un dernier mot pour les personnes intéressées par les métiers de la mode.

Déjà il faut bien se renseigner sur ce qu'est le métier car ce n'est pas les podiums, les paillettes et les tops modèles. Sinon il faut vraiment être passionné car il ne faut pas être avare de son temps et aimer le contact est essentiel. Avec un bon niveau technique et de bonnes compétences, on peut gagner sa vie honorablement en sachant que la première année on ne gagne pas grand-chose mais il faut être tenace et donner confiance aux clients. C'est aussi une bonne idée de voir ce que font les autres, de faire des stages avant de lancer sa propre affaire, cela évite de faire des erreurs et de tomber dans certains pièges. Sinon il ne faut pas rêver, des empires comme Dior et Christian Lacroix ne se créeront plus, il n'y en aura pas de nouveaux. Et sinon je pense qu'à l'époque actuelle, il faut être très polyvalent, se diversifier et toucher à tout.
CD04/08/05

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