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Interview : Emilie Leclercq, Cheffe d'orchestre

26 août
Le métier de chef d’orchestre a connu beaucoup de changements au cours des années. Emilie...
Emilie Leclercq, Cheffe d'orchestre

Le métier de chef d’orchestre a connu beaucoup de changements au cours des années. Emilie Leclercq, cheffe d’orchestre de l’harmonie municipale de Douchy-les-Mines, nous raconte son parcours et son ressenti sur le métier.

Bonjour Emilie, pouvez-vous vous présenter ?

Emilie Leclercq, originaire de Valenciennes, 34 ans, cheffe d’orchestre de l’harmonie municipale de Douchy-les-Mines, commune située à côté de Valenciennes. Mon orchestre est composé de 40 musiciens, avec des instruments à vents et percussions, il n’y a pas de cordes. Je dirige l’orchestre depuis maintenant 8 ans. A côté, je suis directrice d’un conservatoire de musique et de théâtre à Louvroil.

Quel a été votre parcours ?

J’ai fait mes études ici dans la région, sur Valenciennes et Douai, je suis partie ensuite à Versailles à Paris. Là-bas, je suis rentrée dans un orchestre professionnel en tant que Saxophoniste, puisqu’à la base, je suis saxophoniste de métier.  J’ai travaillé 6 ans pour le président, à la Musique de la Garde Républicaine. Puis, j’ai entamé une reconversion professionnelle, j’ai quitté Paris, je suis revenue ici dans ma région d’origine. Au début, j’ai donné des cours de saxophone ensuite j’ai repris un poste de directrice de conservatoire. Quand j’ai quitté la Garde Républicaine, j’ai tout de suite repris l’orchestre d’harmonie de Douchy- les-Mines.

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

C’est une passion, c’est intrinsèque, ça coule dans le sang ! N’importe quel musicien, quel qu’il soit (amateur ou professionnel) si, il lit ce que je dis, s’y retrouvera. A la base ça doit être une passion parce qu’on partage avec les gens, on transmet. Si ce n’est pas une passion, ça ne sert à rien de faire ce métier !

En tant que femme cheffe d’orchestre, avez-vous constaté des différences entre vous et vos homologues masculins ?

Je pense qu’il y a 8 ans, oui ! C’était très rare de trouver des femmes cheffes d’orchestre.  En 2019, il y en a de plus en plus, je pense à une collègue, Laura Bouclet, qui dirige l’harmonie de Lille Fives, qui fait plein de projets. Il y a de plus en plus de cheffes d’orchestre. Je vais comparer ça avec mon instrument, je joue du saxophone. A l’époque, il n’y avait quasiment pas de filles dans ma classe de saxophone. Pourtant, quand j’ai donné des cours de saxophone, j’avais plein de petites filles. Je pense vraiment qu’aujourd’hui il n’y a plus de différences. En tout cas, je ne ressens pas de différence entre le fait d’être une femme ou un homme Chef(fe) orchestre.

Qu’est-ce que vous préférez dans votre métier ?         

Le partage ! Je dirige un orchestre amateur. Dans le Nord, il y a beaucoup d’harmonies, malheureusement elles sont en perdition.  Il y a de moins en moins de personnes, parce qu'en tant que bénévoles, cela demande du temps et de l’investissement de la part des musiciens. C’est un moment de partage.

Quelles sont les difficultés du métier ?

Gérer les susceptibilités des uns et des autres. Ça m’est déjà arrivé dans les années précédentes. La principale difficulté, c’est gérer l’humain, le collectif. Il faut être un coordinateur, un manager. Un chef d’orchestre qui dirige par exemple, l’ONL (Orchestre National de Lille) va vous parler de gérer notamment les susceptibilités de ses musiciens professionnels et on a la même chose avec des amateurs, à moindre échelle. Mais c’est surtout du management ! Il faut avoir un certain charisme, on ne peut pas diriger un orchestre si on n’a pas confiance en soi, si on ne maîtrise pas le sujet.  Il faut avoir une envie de partager et une maîtrise de soi.

Les qualités pour être chef d’orchestre ?

Il faut avoir une envie de partager une passion de la musique. Et une passion de la musique collective, parce que ça n'a rien à voir avec le fait d'être soliste par exemple. Un bon chef d’orchestre, doit avoir de l’oreille, il doit entendre les notes, les couleurs, etc.  Il faut également savoir manager et être diplomate, c’est très important. Il faut aussi être humble, savoir reconnaître quand on se trompe. Le chef d’orchestre exige des choses de ses musiciens. Il veille à ce que personne ne se trompe. Mais, personne n'est à l'abri d'une erreur. Il peut nous arriver aussi de nous tromper. Si jamais à un moment j’oublie quelquechose, je vais m’excuser et dire que c’est de ma faute. Ce n’est pas prétentieux, mais ça ne m’arrive quasiment jamais. L’humilité, c’est important pour ne pas alimenter des tensions avec ses musiciens.

Comment un chef d’orchestre se prépare et prépare son groupe ?

Pour moi, une des missions du chef d’orchestre est de monter un programme. Choisir les morceaux qui vont composer le concert ou le spectacle. Il faut choisir les morceaux, en fonction des capacités de son orchestre, de ses musiciens, de l’effectif de l’orchestre, etc. Une fois qu’il a monté son programme, il va falloir qu’il le travaille. Il y a des conducteurs*, des partitions, etc. Il demande aux musiciens de travailler les partitions et lui aussi, les travaille en amont. Il faut arriver devant les musiciens en connaissant sa copie par cœur ! Il faut maîtriser son sujet comme un metteur en scène, qui doit connaître le scénario pour diriger les acteurs. Je dois connaître le scénario, c’est-à-dire mon programme, mes conducteurs. Une fois que je connais ça, je peux travailler avec mes musiciens. *Le conducteur est une partition qui regroupe toutes les partitions des musiciens.

Des conseils pour qui souhaiterait se lancer dans la profession ?

J’encourage les gens qui veulent être chef d’orchestre, à le devenir, car c’est un beau métier. Il faut être comme je l’ai dit au début, passionné, passionné de musique, passionné par l’être humain, par le fait de donner aux autres. Aimer la musique collective, aimer être porteur de projet. Il faut travailler, il n’y a pas de secret. Il faut suivre des cours d’harmonie, d’écriture... Ils sont proposés par les conservatoires et j’en ai d’ailleurs suivi.  C’est important de savoir comment est composé un morceau, savoir l’analyser. Pour cela il faut avoir les connaissances, connaître les termes plus techniques. On a de la chance d’avoir une région où il y a beaucoup de conservatoires à rayonnement départemental ou régional. Il m’arrive souvent de faire une coupure ou une modification sur un conducteur. Si je n’avais pas pris ces cours d’écriture et d’harmonie, je n’aurais pas été capable de dire à mes musiciens, à tel moment, il nous faut une cadence finale, etc. Ces cours permettent de maîtriser le sujet devant les musiciens. J’ai également pris des cours de direction d’orchestre mais, en stage. Je n’ai malheureusement pas pu en suivre en conservatoire. Dans le Nord, il n’y en a pas beaucoup et des stages sont également proposés par la Fédération des Sociétés Musicales de France. (Cours d’harmonie, de direction d’orchestre).

Quelles sont les évolutions du métier ?

Il va falloir que la plupart des chefs d’orchestre d’harmonie amateurs comprennent que nous sommes dans une mutation de la société et donc des harmonies. Il faut garder les valeurs, les bases, nos racines. Que ce soit en musique classique ou en musique d’harmonie. Mon orchestre et moi, faisons beaucoup de morceaux de musique actuelle, comme du Justin Timberlake. Je suis persuadée qu’il faut vraiment évoluer avec son temps en tant que chef d’orchestre, si nous ne voulons pas que le métier meure. Je parle là, pour les harmonies. Je garde une base, les racines, mais il faut évoluer avec son temps. Il y a huit ans, j’ai voulu innover, j’ai fait un concert avec un DJ et j’en referai. J’ai écrit des spectacles, j’ai mis en scène mon orchestre avec une compagnie de cirque, où on mêlait l’orchestre avec des cracheurs de feu, du tissu aérien ou encore un spectacle avec une compagnie de danse, etc.  Il faut se battre et ne pas hésiter à mêler, de nouveaux styles, de nouveaux genres !

Emilie Leclercq, Cheffe d'orchestre